VULNERARE

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CRÉÉ PAR L’INTELLIGENCE HUMAINE – IU

 

Écrit, rĂ©alisĂ© et montĂ© par Sergio Mario Illuminato

Avec Patrizia Cavola, Camilla Perugini, Nicholas Baffoni et Sergio Mario Illuminato

Direction de la photographie et prises de vues Federico Marchi et Roberto Biagiotti

Lieu et direction artistique Rosa Maria Zito

Chorégraphies de Patrizia Cavola et Ivan Truol

Musique d’Andrea Moscianese

Conception sonore de Davide Palmiotto

Laboratoire de post-production Pyramid Factory

Conformation Elena Becchetti et étalonnage Alessandro Ammendola

Avec le patronage de la Région du Latium, de la Municipalité de Velletri et de la Ville métropolitaine de Rome Capitale.

Remerciements particuliers Ă  l’Arch. Paolo Candidi, directeur du « Secteur VI – Programmation et DurabilitĂ© » de la MunicipalitĂ© de Velletri, pour la collaboration et le soutien Ă  l’accĂšs Ă  l’ex-prison pontificale de Velletri.

Italie, 2024, 13’30, DCP 4K, couleur et noir et blanc

Il s'agit du dernier témoignage du patrimoine historique de l'ancienne prison pontificale de Velletri, restée intacte pendant deux siÚcles avant de subir une transformation irréversible.
Un groupe d'artistes rĂ©active une ancienne prison abandonnĂ©e, la transformant en un espace sensible oĂč la matiĂšre, le corps et la mĂ©moire sont exposĂ©s Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© en tant que force crĂ©ative et politique.

Nous nous trouvons Ă  l’intĂ©rieur d’une ancienne prison du XIXe siĂšcle, un lieu chargĂ© d’histoire. NĂ©e pendant les trois jours de deuil pour Giuseppe Garibaldi, hĂ©ros national, la prison a Ă©tĂ© dĂ©saffectĂ©e aprĂšs deux siĂšcles, lorsque les derniers dĂ©tenus ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s vers un Ă©tablissement moderne.

AbandonnĂ©e depuis plus de 30 ans, la prison devient la scĂšne d’artistes contemporains qui, juste avant sa transformation irrĂ©versible, dĂ©cident de lui redonner vie d’une maniĂšre surprenante. Au cours de six mois de « spĂ©lĂ©ologie crĂ©ative », peintres, photographes, cinĂ©astes, danseurs et musiciens collaborent pour faire Ă©merger des « Organismes Artistiques Communicants ».

Cette « Urbex Squad » s’immerge dans des cellules en dĂ©composition, des inscriptions gravĂ©es par les dĂ©tenus et des dossiers poussiĂ©reux, afin d’explorer, Ă  travers leurs diffĂ©rentes formes artistiques, le lien puissant entre vulnĂ©rabilitĂ© et force crĂ©ative qui habite chacun de nous.

L’histoire de Vulnerare reflĂšte l’absurditĂ© du monde contemporain, oĂč la beautĂ© et la force peuvent surgir des endroits les plus inattendus et des expĂ©riences les plus difficiles. La prison devient une mĂ©taphore de la sociĂ©tĂ©, oĂč son histoire complexe et son potentiel de transformation se fondent Ă  travers la crĂ©ativitĂ© et le partage des vulnĂ©rabilitĂ©s humaines.

En rĂ©ponse Ă  la situation critique du prĂ©sent, j’ai ressenti la nĂ©cessitĂ© de mettre en place un contre-mouvement crĂ©atif, en sortant des espaces anesthĂ©siĂ©s qui relĂšguent l’art Ă  la marge. J’ai tentĂ© de « faire advenir le monde », selon la leçon d’Alighiero Boetti.

Ce travail vise Ă  rĂ©activer ce que l’on pourrait appeler les « cathĂ©drales contemporaines de la vulnĂ©rabilitĂ© », ainsi que d’autres espaces et conditions humaines marquĂ©s par l’abandon, la nĂ©gligence et l’érosion.

Au cƓur de cette ancienne prison pontificale, les murs marquĂ©s par le temps et les barreaux de fer tĂ©moignent d’histoires d’enfermement et d’isolement. Aujourd’hui, ces mĂȘmes surfaces deviennent un champ d’inscription vivant, oĂč la matiĂšre elle-mĂȘme participe Ă  l’expression d’un thĂšme Ă  la fois universel et intime : la vulnĂ©rabilitĂ© humaine.

Un espace longtemps enseveli dans l’oubli—plus de trente ans de silence et de dĂ©gradation—est dĂ©sormais rĂ©activĂ©, transformĂ© en lieu de rencontre et de dialogue artistique, ouvert aux gĂ©nĂ©rations futures et Ă  la continuitĂ© instable du prĂ©sent.

Dans le travail de Sergio Mario Illuminato, le corps n’est jamais sĂ©parĂ© de la façon dont le monde le traverse, le modifie, l’expose. CinĂ©ma, arts visuels et recherche sur les mĂ©dias convergent depuis des annĂ©es dans une pratique qui explore les zones oĂč contrĂŽle, vulnĂ©rabilitĂ© et perception entrent en tension.

Au cinĂ©ma et dans l’audiovisuel, il Ă©crit et dirige des documentaires, des films d’art et des Ɠuvres expĂ©rimentales prĂ©sentĂ©es dans des contextes internationaux et institutionnels. Parmi les travaux les plus rĂ©cents, Vulnerare (2023) a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  l’Institut Culturel Italien de Paris et primĂ© dans plusieurs festivals internationaux, dont le Tokyo International Film Festival, le New York City International Film Festival et le Los Angeles CineFest. Parmi les projets prĂ©cĂ©dents : Mediterranea (2010), rĂ©alisĂ© dans le cadre du Programme Environnement des Nations Unies pour la MĂ©diterranĂ©e (UNEP/MAP), Corpus et Vulnus (2023) et Intorno al Futurismo (2000).

ParallĂšlement, il a dĂ©veloppĂ© un parcours dans les arts visuels et la curation, collaborant avec des institutions culturelles italiennes et internationales dont le MAXXI, le Palazzo delle Esposizioni, la Fondazione Memmo et l’Institut Culturel Italien de Paris. Il a Ă©galement travaillĂ© dans le domaine tĂ©lĂ©visuel avec la RAI et occupĂ© le rĂŽle de Directeur du Centre d’Information et de Communication pour le Programme Environnement des Nations Unies en MĂ©diterranĂ©e (UNEP/MAP).

Sa formation traverse cinĂ©ma, arts visuels et Ă©tudes philosophiques entre Rome et New York, avec des parcours Ă  l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Rome, l’UniversitĂ© La Sapienza, ANICA Academy, le New York Film Festival et le MoMA de New York.

LE SEUIL DE BASALTE naĂźt d’un parcours de recherche dĂ©veloppĂ© entre documentaire, cinĂ©ma expĂ©rimental et mĂ©dias contemporains. C’est le premier long mĂ©trage de fiction de l’auteur parce que c’est le premier projet qui nĂ©cessitait une forme narrative capable de maintenir ensemble corps, relation et systĂšmes de contrĂŽle dans une expĂ©rience cinĂ©matographique pleinement incarnĂ©e.

Vulnerare, de Sergio Mario Illuminato, n’est pas un court-mĂ©trage conventionnel, et n’a pas l’intention de l’ĂȘtre. Il se situe dans une zone de frontiĂšre entre cinĂ©ma et performance, davantage mĂ©ditation que rĂ©cit. SituĂ© dans une prison abandonnĂ©e, il n’invite pas Ă  suivre une intrigue, mais Ă  la recomposer. Les indices se dispersent comme des fragments : textures de pierre et de rouille, Ă©chos de pas lointains, fantĂŽmes de vies autrefois confinĂ©es dans ces espaces.

Illuminato adopte un langage impressionniste. Un mur, une fenĂȘtre grillagĂ©e, un couloir : chaque Ă©lĂ©ment est offert au regard avec une telle attention tactile qu’il semble possible d’en sentir la rugositĂ© sous les doigts. Des danseurs contemporains traversent les lieux comme des prĂ©sences spectrales : leurs corps Ă©voquent des prisonniers, ou le temps lui-mĂȘme, qui s’écoule et se dissout. La prison n’est plus un lieu, mais une mĂ©moire incarnĂ©e.

La recherche visuelle est souvent saisissante : Illuminato dĂ©montre une attention prĂ©cise aux matiĂšres, aux surfaces et Ă  la composition des plans. Cependant, certains Ă©lĂ©ments techniques apparaissent par moments et interrompent l’immersion complĂšte, ramenant l’attention vers le dispositif filmique lui-mĂȘme. Cette tension devient partie intĂ©grante de la rĂ©flexion sur les limites de l’image.

Le montage guide le spectateur Ă  travers des fragments qui ne se referment jamais en une structure narrative unique, mais restent ouverts Ă  une recomposition perceptive. C’est un dispositif qui exige une participation active, une recomposition continue entre ce qui est vu et ce qui est infĂ©rĂ©. Le son joue un rĂŽle dĂ©cisif : grĂące Ă  un usage maĂźtrisĂ© des J et L cuts, il crĂ©e une continuitĂ© entre des espaces discontinus, transformant la fracture visuelle en flux sensoriel.

Vulnerare ne cherche pas Ă  expliquer, mais Ă  immerger. C’est une expĂ©rience perceptive qui se dĂ©ploie dans un espace dense en traces et en stratifications, oĂč la mĂ©moire n’est pas reconstruite mais Ă©voquĂ©e. Les imperfections ne sont pas dissimulĂ©es : elles deviennent partie intĂ©grante de la structure expressive de l’Ɠuvre.

Pour sa capacitĂ© Ă  conjuguer rigueur esthĂ©tique et recherche expĂ©rimentale, le jury des Hollywood Best Indie Film Awards 2025 est fier de dĂ©cerner Ă  Sergio Mario Illuminato le prix de la Meilleure RĂ©alisation / Film ExpĂ©rimental. Vulnerare est reconnu comme une Ɠuvre oĂč limite technique et vision poĂ©tique coexistent, produisant un langage cohĂ©rent et radical.

AbandonnĂ© Ă  Velletri. Pour les hommes qui construisent des carriĂšres et Ă©valuent leur empreinte dans le monde, cette histoire propose un point d’observation essentiel : que se passe-t-il lorsque la force crĂ©ative rencontre la dĂ©composition institutionnelle, et comment le fait d’affronter la vulnĂ©rabilitĂ© devient un acte de leadership.

Le Festival of Cinema NYC ne distribue pas ses rĂ©compenses Ă  la lĂ©gĂšre. Soutenu par le National Endowment for the Arts, le New York State Council on the Arts et le New York City Department of Cultural Affairs, il constitue une validation culturelle sĂ©rieuse. Le fait qu’un film nĂ© dans une prison, rĂ©alisĂ© par Sergio Mario Illuminato, ait obtenu cette reconnaissance suggĂšre que les institutions culturelles amĂ©ricaines perçoivent quelque chose de profond dans son approche des structures de pouvoir abandonnĂ©es.

Quand l’autoritĂ© pontificale devient toile artistique

L’ancienne prison pontificale de Velletri, Ă  40 kilomĂštres au sud-est de Rome, incarne le pouvoir institutionnel sous forme physique. Construite au XIXe siĂšcle sous l’autoritĂ© papale, lorsque l’Église catholique gouvernait l’Italie centrale, cette structure imposante servait Ă  la fois de tribunal et de centre de dĂ©tention pour les États pontificaux. Pendant plus d’un siĂšcle, elle a accueilli des dĂ©tenus, des procĂšs, et matĂ©rialisĂ© un systĂšme judiciaire aujourd’hui disparu.

FermĂ© dans les annĂ©es 1990 lors de la modernisation du systĂšme pĂ©nal italien, le bĂątiment est restĂ© vide pendant trois dĂ©cennies. En 2023, menacĂ© de dĂ©molition, il semblait destinĂ© Ă  disparaĂźtre de l’histoire. Ce qui a suivi constitue une Ă©tude de cas sur la maniĂšre dont des espaces conçus pour le contrĂŽle et la punition peuvent devenir des laboratoires d’expression crĂ©ative.

Des transformations similaires se sont produites sur plusieurs continents. L’Eastern State Penitentiary de Philadelphie accueille aujourd’hui des installations in situ consacrĂ©es Ă  l’incarcĂ©ration et Ă  la justice. L’üle d’Alcatraz attire plus de 1,4 million de visiteurs par an pour des expositions artistiques explorant l’histoire stratifiĂ©e de la prison. Ces lieux partagent un point essentiel : ils dĂ©montrent comment des espaces conçus pour contenir et contrĂŽler peuvent devenir des plateformes d’analyse du pouvoir lui-mĂȘme.

Les artistes entrent dans le vide

Avant la dĂ©molition, peintres, photographes, danseurs et musiciens ont investi la prison de Velletri comme espace temporaire de crĂ©ation. Pendant six mois, ils ont habitĂ© des cellules en dĂ©composition et des couloirs obscurs, transformant chaque recoin en laboratoire artistique. Ce geste d’appropriation est fondamental : en s’emparant d’un lieu conçu pour l’enfermement, ces artistes ont inversĂ© sa fonction originelle.

Le groupe comprenait les chorégraphes Patrizia Cavola et Ivan Truol de la Compagnia Atacama, les photographes Federico Marchi et Roberto Biagiotti, ainsi que les designers sonores Andrea Moscianese et Davide Palmiotto. Leur travail collectif est devenu à la fois performance et documentation, donnant naissance à ce qui deviendra VULNERARE.

Cette pratique des espaces institutionnels abandonnĂ©s reflĂšte une Ă©volution culturelle plus large. À la prison de Fremantle en Australie, les Ɠuvres rĂ©alisĂ©es par les dĂ©tenus sur 136 ans offrent un regard sur l’expĂ©rience carcĂ©rale et l’expression culturelle. Ces exemples montrent que la crĂ©ation dans des lieux d’enfermement dĂ©passe le spectacle : elle reconfigure notre comprĂ©hension du pouvoir, de la mĂ©moire et de la rĂ©silience humaine.

L’approche du film : le cinĂ©ma de seuil

La mĂ©thodologie d’Illuminato, qu’il appelle « THRESHOLD CINEMA », repose sur l’improvisation et la spontanĂ©itĂ©. Aucun scĂ©nario, seulement la vie en train de se produire. Cette approche produit ce qu’il dĂ©finit comme des « organismes artistiques communicants » — des Ɠuvres vivantes qui se transforment sous le regard du spectateur.

Le langage visuel du film passe d’images en noir et blanc du passĂ© carcĂ©ral Ă  des explosions de couleur Ă©voquant la renaissance. Les danseurs Ă©voluent dans des cellules claustrophobes, qu’ils transforment en espaces de libertĂ©. La bande sonore guide le spectateur du drame carcĂ©ral vers une ouverture Ă  la possibilitĂ© crĂ©ative.

L’historien des mĂ©dias Bruno di Marino note que « murs, sols et plafonds deviennent des coupures, des blessures, des ouvertures. Gestes chorĂ©graphiques et matiĂšre picturale se fondent dans une mĂȘme partition visuelle grĂące au montage chirurgical et aux jeux de lumiĂšre. »

Pourquoi cela parle aux hommes d’influence

Les recherches contemporaines en leadership reconnaissent de plus en plus la vulnĂ©rabilitĂ© comme une force centrale plutĂŽt qu’une faiblesse. Les dirigeants capables d’assumer leur vulnĂ©rabilitĂ© construisent davantage de confiance, favorisent des liens authentiques et crĂ©ent des environnements collaboratifs.

Le projet VULNERARE incarne ce principe sous forme matĂ©rielle. Illuminato dĂ©crit la prison comme « une cathĂ©drale contemporaine de la vulnĂ©rabilitĂ© », oĂč l’art devient expression de renaissance. La vulnĂ©rabilitĂ© devient ainsi une structure interprĂ©tative du pouvoir.

Des blessures à la beauté

Le film se termine par des mots gravĂ©s sur un mur : « vulnĂ©rable donc je vis, l’art est aimer la rĂ©alitĂ© ». Dans la bande sonore, un message codĂ© apparaĂźt en morse : IAMVULNERABLE. ReconnaĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© ne signifie pas faiblesse, mais prĂ©sence.

Comme le dit une autre inscription sur le mur : « Les entailles sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guĂ©rissent plus. » Les marques deviennent art prĂ©cisĂ©ment parce qu’elles sont reconnues.

VULNERARE porte la voix de l’Italie en AmĂ©rique, montrant ce qui se produit lorsque les blessures deviennent une possibilitĂ© gĂ©nĂ©rative. Entrer dans des espaces abandonnĂ©s signifie redonner une voix Ă  ce qui avait Ă©tĂ© effacĂ©.

Trois niveaux de reprĂ©sentation s’entrelacent dans Vulnerare, chacun d’eux gĂ©nĂ©rant Ă  son tour des strates supplĂ©mentaires au fil du film, suscitant chez le spectateur une pluralitĂ© d’émotions et d’associations.

Le premier concerne le lieu : une prison dĂ©saffectĂ©e. Le dĂ©cor lui-mĂȘme renvoie Ă  un genre transversal de l’audiovisuel—la reconstitution d’espaces dĂ©mantelĂ©s et en ruine, porteurs d’un passĂ© plus ou moins rĂ©cent et saturĂ©s de mĂ©moire, souvent douloureuse (des pĂ©nitenciers de l’époque bourbonienne aux asiles d’avant Basaglia, en passant mĂȘme par les discothĂšques des annĂ©es 1980).

Le deuxiÚme niveau est performatif : la danse devient, par moments, un moyen de réappropriation de ces lieux, leur restituant symboliquement la vie.

Le troisiĂšme niveau est constituĂ© par l’insertion d’Ɠuvres rĂ©alisĂ©es par le cinĂ©aste lui-mĂȘme dans l’espace explorĂ© par la camĂ©ra : des peintures abstraites placĂ©es dans les cellules ayant accueilli les dĂ©tenus. Ces Ɠuvres transforment le lieu en une sorte de musĂ©e, l’investissant de significations supplĂ©mentaires, tout en Ă©tant elles-mĂȘmes re-signifiĂ©es par l’espace dans lequel elles s’inscrivent, au point d’y presque se fondre.

L’intention de Vulnerare est de fusionner arts visuels, danse et cinĂ©ma, avec l’ajout d’une bande sonore d’une grande efficacitĂ©, oĂč la musique devient bruit et le bruit devient musique (composĂ©e par Andrea Moscianese). Le film cherche Ă©galement Ă  construire une possible narration, Ă  laquelle contribuent les inscriptions laissĂ©es par ceux qui ont vĂ©cu ici pendant des annĂ©es, enfermĂ©s entre ces murs, les objets, les dossiers judiciaires Ă©voquant une bureaucratie kafkaĂŻenne, les plantes poussant dans le bĂ©ton en reprenant ce qui leur a Ă©tĂ© arrachĂ©, et enfin toutes les traces et tĂ©moignages d’une dimension temporelle qui continue de rĂ©sonner dans le vide dĂ©solĂ©.

Avant le gĂ©nĂ©rique de fin, un carton nous informe que la prison dans laquelle nous nous trouvons est la prison pontificale de Velletri, mais cette information n’ajoute que peu Ă  notre perception. Ce qui demeure, ce sont les surfaces que le regard d’Illuminato nous permet de percevoir presque de maniĂšre tactile.

Murs, sols, plafonds, portes et fenĂȘtres deviennent des coupures, des blessures, des failles et des fractures, tandis que les gestes chorĂ©graphiques—inscrits dans cette gĂ©omĂ©trie architecturale de pleins et de vides—et la matiĂšre picturale sur les toiles, accrochĂ©es ou posĂ©es contre les murs au milieu des dĂ©bris, deviennent les Ă©lĂ©ments d’une seule partition visuelle. Celle-ci se construit grĂące aux travellings Ă  la camĂ©ra portĂ©e, aux fondus, aux jeux de clair-obscur, aux intermittences lumineuses, aux zooms rapides, aux dĂ©tails et aux raccords brusques scandĂ©s par un montage chirurgical.

Vulnerare peut, en dĂ©finitive, ĂȘtre lu comme une installation unique. En ce sens, la prĂ©sence d’Illuminato lui-mĂȘme dans l’une des cours semble refermer la boucle. La silhouette de l’artiste, vue d’en haut, fixe une phrase (ou peut-ĂȘtre deux phrases liĂ©es ?) inscrite sur le mur : « VulnĂ©rable donc je vis. L’art est aimer la rĂ©alitĂ©. »

La vulnĂ©rabilitĂ© reprĂ©sente une faiblesse, car l’homme peut ĂȘtre victime d’autres hommes, mais elle est aussi une force, en tant que conscience d’ĂȘtre vivant mĂȘme dans la douleur. L’artiste est lui aussi vulnĂ©rable lorsqu’il affronte le rĂ©el, en s’y immergeant.

La conscience que faire de l’art signifie inĂ©vitablement aimer la rĂ©alitĂ© n’est pas toujours un principe valable. Elle ne l’est certainement pas pour les artistes qui, Ă  travers la crĂ©ation, cherchent Ă  fuir la dimension dans laquelle ils vivent.

Mais dans ce cas, la tĂąche de l’artiste est de raconter la condition humaine au sein de l’univers carcĂ©ral, et ce qu’il reste de la dignitĂ© des personnes mĂȘme lorsqu’elles sont privĂ©es de leur libertĂ©.

La projection du court-mĂ©trage VULNERARE reprĂ©sente un moment symbolique dans la vie du projet, qui se dĂ©ploie sur plusieurs sites : IOSONOVULNERABILE a dĂ©butĂ© en janvier Ă  travers une rĂ©sidence d’artiste dans les espaces abandonnĂ©s de l’ancienne prison pontificale de Velletri, s’est poursuivi Ă  Paris et continuera en dĂ©cembre prochain dans les locaux du XVIIe siĂšcle du MusĂ©e Historique de Villa Altieri Ă  Rome.

IOSONOVULNERABILE est un projet complexe dans lequel la vulnĂ©rabilitĂ© humaine—avec les peurs, les dĂ©faites et les faiblesses qui accompagnent l’expĂ©rience terrestre des individus—est racontĂ©e et, d’une certaine maniĂšre, exorcisĂ©e et transformĂ©e en Ă©motion Ă  travers diverses formes artistiques telles que la photographie, le cinĂ©ma, l’art chorĂ©graphique, le théùtre, la musique, la scĂ©nographie et l’édition.

L’importance du projet est soulignĂ©e par le Directeur de l’Institut Culturel Italien de Paris, Antonio Calbi, dans les termes suivants : « La culture est une occasion de formation et de croissance et parfois aussi un moyen de lutte contre les injustices. La premiĂšre Ă©tape pour y parvenir est d’accepter nos propres fragilitĂ©s dans un monde qui continue d’exiger la perfection ; nous choisissons d’exalter la vulnĂ©rabilitĂ©, la beautĂ© du geste simple et pur. »

VULNERARE : un court-métrage matériel

L’Ɠuvre premiĂšre de Sergio Mario Illuminato, d’une durĂ©e de un peu plus de 13 minutes, se prĂ©sente comme dense de significations, issues principalement de l’observation de la matiĂšre. TournĂ© Ă  l’intĂ©rieur de l’ancienne prison pontificale de Velletri, construite en 1860 et dĂ©saffectĂ©e en 1991, aujourd’hui en voie de reconversion, le film se prĂ©sente comme une sĂ©rie d’images, en couleur et en noir et blanc suggestif, dans lesquelles apparaissent les traces du passĂ©, ou plutĂŽt les rĂ©sonances de multiples vies (souffrantes, puisqu’il s’agit d’une prison) qui se sont exprimĂ©es et rĂ©primĂ©es dans ces lieux.

Filets, barreaux, portes, Ă©chafaudages, dossiers empilĂ©s au sol, inscriptions sur les murs et couloirs sont les protagonistes du court-mĂ©trage, mais pas seulement. Des moments performatifs intenses Ă©mergent Ă  travers des actions chorĂ©graphiques qui Ă©voquent la corporĂ©itĂ© des ĂȘtres humains ayant vĂ©cu dans ces lieux, ainsi que des ombres rappelant des sĂ©diments de vie, liĂ©s Ă  une mĂ©moire confuse qui suinte des murs dĂ©crĂ©pis, oĂč la surface altĂ©rĂ©e devient elle-mĂȘme signification.

La matiÚre comme expression du réel

Lors de la projection de l’Ɠuvre audiovisuelle, enrichie par une bande sonore « acĂ©rĂ©e » composĂ©e par Andrea Moscianese, on a la sensation de raviver des Ă©motions profondes non seulement par la vue, mais aussi par une perception presque tactile des images et des objets montrĂ©s.

Ouvrir ces dossiers poussiĂ©reux et parcourir les noms de ceux qui ont vĂ©cu ces lieux dans la vulnĂ©rabilitĂ© du condamnĂ© incarne un dĂ©sir du spectateur. Chaque nom renvoie Ă  un individu, une histoire, une vie marquĂ©e, souvent perdue dans le silence d’une histoire qui conserve davantage les vainqueurs que les vaincus.

Le court-mĂ©trage ne se complaĂźt ni dans des dĂ©rives autorefĂ©rentielles ni dans des langages visuels exclusifs, mais cherche un canal de communication direct avec le prĂ©sent, parlant de mĂ©moire et de temps, ainsi que des lieux oĂč cette mĂ©moire s’est dĂ©posĂ©e.

À propos de la sensation tactile Ă©voquĂ©e par le film, une inscription murale retient particuliĂšrement l’attention : « Les coupures sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guĂ©rissent plus », qui semble condenser l’impact du rĂ©el sur la vie des individus, laissant des traces indĂ©lĂ©biles.

L’art est d’aimer la rĂ©alitĂ©, quelle qu’elle soit

Le titre du court-mĂ©trage provient du latin vulnus, blessure, atteinte, dommage. Dans le film d’Illuminato, ces blessures apparaissent comme irrĂ©parables : inscriptions sur les murs, noms dans les registres, traces qui survivent Ă  la durĂ©e de la peine et au sujet lui-mĂȘme.

Il ne s’agit pas seulement du passĂ©, mais d’une mĂ©moire encore active, qui se prĂ©sente comme une matiĂšre vivante. Le film invite ainsi Ă  ne pas considĂ©rer le passĂ© comme une distance, mais comme une expĂ©rience Ă  actualiser dans le prĂ©sent, en assumant la vulnĂ©rabilitĂ© comme condition essentielle du rapport au rĂ©el.

Dans ce sens, le geste artistique devient un acte d’exposition : montrer ses blessures, reconnaĂźtre sa fragilitĂ©, accepter l’impossibilitĂ© du contrĂŽle total.

Dans cette perspective s’inscrit Ă©galement, en conclusion, le rappel des paroles de Pier Paolo Pasolini, Ă©voquant un monde dans lequel il est possible d’échouer et de recommencer sans perdre sa dignitĂ©.

Il en dĂ©coule un message final qui traverse l’ensemble de l’Ɠuvre : « vulnĂ©rable donc je vis, l’art est d’aimer la rĂ©alitĂ© ».

La projection du court-mĂ©trage VULNERARE reprĂ©sente un moment symbolique dans la vie du projet, qui se dĂ©ploie sur plusieurs sites : IOSONOVULNERABILE a dĂ©butĂ© en janvier Ă  travers une rĂ©sidence d’artiste dans les espaces abandonnĂ©s de l’ancienne prison pontificale de Velletri, s’est poursuivi Ă  Paris, et se poursuivra en dĂ©cembre prochain au MusĂ©e Historique de Villa Altieri Ă  Rome.

IOSONOVULNERABILE est un projet complexe dans lequel la vulnĂ©rabilitĂ© humaine—avec les peurs, les dĂ©faites et les faiblesses qui accompagnent l’expĂ©rience terrestre des individus—est traversĂ©e et transformĂ©e Ă  travers diffĂ©rentes formes artistiques : photographie, cinĂ©ma, art chorĂ©graphique, théùtre, musique, scĂ©nographie et Ă©dition.

Le projet repose sur l’idĂ©e d’une exposition de la fragilitĂ© comme condition constitutive du rĂ©el. La culture devient ainsi un espace de formation et d’échange, dans lequel la vulnĂ©rabilitĂ© n’est pas supprimĂ©e mais assumĂ©e comme une matiĂšre opĂ©ratoire.

VULNERARE : un court-métrage matériel

Le court-mĂ©trage, d’une durĂ©e d’environ 13 minutes, se construit Ă  partir d’une observation rapprochĂ©e de la matiĂšre. TournĂ© Ă  l’intĂ©rieur de l’ancienne prison pontificale de Velletri, construite en 1860 et dĂ©saffectĂ©e en 1991, le film travaille sur ce qui reste : surfaces, traces, structures, rĂ©sidus.

Filets, barreaux, portes, Ă©chafaudages, dossiers, inscriptions murales et couloirs ne sont pas des Ă©lĂ©ments de dĂ©cor, mais des prĂ©sences actives. À cela s’ajoutent des moments performatifs qui rĂ©activent une mĂ©moire corporelle liĂ©e aux espaces, dans une oscillation continue entre trace et prĂ©sence.

La matiĂšre n’est pas un arriĂšre-plan mais un agent. Les surfaces ne reprĂ©sentent pas : elles rĂ©agissent. L’image se construit comme un contact direct, dans lequel la distance entre observateur et objet est progressivement rĂ©duite.

Lors de la projection, soutenue par une bande sonore d’Andrea Moscianese, l’expĂ©rience ne se limite pas Ă  la vision mais s’étend Ă  une dimension perceptive plus large, presque tactile.

L’ouverture des dossiers et la lecture des noms inscrits dans les documents instaurent une relation directe avec les vies ayant traversĂ© ces lieux. Chaque nom renvoie Ă  une prĂ©sence concrĂšte, Ă  une biographie interrompue ou suspendue.

Le film ne construit pas un rĂ©cit linĂ©aire, mais un champ de tensions entre temps et matiĂšre, dans lequel la mĂ©moire n’est pas reconstruction mais persistance active.

Dans cette perspective, les Ă©critures murales, les signes, les gravures et les traces deviennent des Ă©lĂ©ments structurels de l’Ɠuvre, non des indices mais des composantes du prĂ©sent.

La matiÚre comme condition du réel

Le travail se dĂ©veloppe comme une enquĂȘte sur la relation entre corps, espace et temps. Les images n’illustrent pas, mais exposent des Ă©tats de transformation continue, dans lesquels ce qui est observĂ© n’est jamais sĂ©parĂ© de ce qui observe.

La vulnĂ©rabilitĂ© n’est pas thĂ©matisĂ©e, mais mise en acte comme condition du dispositif filmique. Elle Ă©merge lorsque la forme n’est pas encore stabilisĂ©e et reste exposĂ©e Ă  la variation.

Le titre renvoie au latin vulnus, blessure, entendue non comme un événement achevé mais comme un état persistant. Dans le film, les blessures ne sont pas refermées : elles demeurent actives, comme des traces qui continuent de produire du sens.

Le geste artistique se configure comme une exposition contrÎlée à cette instabilité. Non pas représentation de la fragilité, mais traversée de sa dynamique.

Il en Ă©merge une idĂ©e de l’art comme pratique de relation au rĂ©el, dans laquelle la vulnĂ©rabilitĂ© devient non pas un manque mais une forme de connaissance.

La conclusion du parcours se condense dans une formule essentielle : « vulnĂ©rable donc je vis, l’art est aimer la rĂ©alitĂ© ».

Le film Vulnerare a reçu le PRIX DU JURY DES FILMS EXPÉRIMENTAUX avec la motivation suivante :

Le film transforme un espace chargĂ© de mĂ©moire et d'absences en un lieu de rĂ©flexion sur le rapport profond entre l'art et la vulnĂ©rabilitĂ©. SituĂ© dans une ancienne prison, oĂč le temps semble s'ĂȘtre cristallisĂ© entre des inscriptions gravĂ©es par les dĂ©tenus et des dossiers oubliĂ©s sous la poussiĂšre, le film construit un rĂ©cit dense et suggestif, capable d'entremĂȘler mĂ©moire individuelle et collective. Avec sensibilitĂ© et rigueur, l'Ɠuvre met en lumiĂšre comment la beautĂ© et la force de la crĂ©ation peuvent naĂźtre mĂȘme des expĂ©riences les plus douloureuses et tragiques de l'existence, restituant Ă  l'art sa capacitĂ© Ă  garder les blessures, donner forme Ă  la fragilitĂ© et gĂ©nĂ©rer de nouvelles possibilitĂ©s de sens. Un film intense et profondĂ©ment Ă©vocateur, qui invite Ă  reconnaĂźtre dans la vulnĂ©rabilitĂ© une dimension essentielle de l'expĂ©rience humaine et de la pratique artistique.

5 juin 2026, Rome - Italie
Sélection officielle en compétition, 7e édition
FESTIVAL DEL TEMPO
Mention honorable 2026
20 novembre 2025, KARNATAKA - INDE
Sélection officielle en compétition, 4e édition
MEI INTERNATIONAL FILM FESTIVAL
2025 Meilleur court métrage
4 novembre 2025, NAPLES - ITALIE
Sélection officielle en compétition, 22e édition
accordi @ DISACCORDI, Festival international du court métrage
Section « Film expérimental »
31 octobre 2025, NEW YORK - USA
Sélection officielle en compétition, 5e édition
EGYPTIAN AMERICAN FILM FESTIVAL (EAFF)
Section « Court métrage narratif »
16 octobre 2025, TOKYO - JAPON
Sélection officielle en compétition, 3e édition
TOKYO FILM & SCREENPLAY AWARDS
Prix du meilleur film expĂ©rimental – rĂ©alisateur
26 septembre 2025, WASHINGTON - USA
Sélection officielle en compétition, 7e édition
NANOCON INTERNATIONAL FILM FESTIVAL (NIFF)
Nomination du meilleur film expérimental
15 août 2025, LOS ANGELES - USA
Sélection officielle en compétition
HOLLYWOOD BEST INDIE FILM AWARDS
Prix du réalisateur / meilleur film expérimental
3 août 2025, NEW YORK - USA
Sélection officielle en compétition, 9e édition
FESTIVAL OF CINEMA NEW YORK CITY
Nomination du meilleur film expérimental
12 mai 2025, BUENOS AIRES - ARGENTINE
Sélection officielle en compétition, 6e édition
FESTIVAL ÂĄVIVA EL CINE !
Section « Film expérimental »
4 novembre 2024, LONDRES - ROYAUME-UNI
Sélection officielle en compétition
FIRST-TIME FILMMAKER SESSIONS VOLUME 10
Section « Film expérimental »
1er septembre 2024, PARIS - FRANCE
Sélection officielle en compétition
PARIS LIFT-OFF FILM FESTIVAL
Section « Film expérimental »

5 juin 2026, ROME - ITALIE
AAIE Centre d'art contemporain
9e Ă©dition du Salon de l’édition de petite et moyenne taille “PiĂč libri piĂč liberi”

8 décembre 2025, ROME - ITALIE
Centro Congressi La Nuvola
7e édition du Festival du Temps

23 octobre 2025, ROME - ITALIE
Musée de Villa Altieri
Palais de la Culture et de la Mémoire Historique
10e édition de Rome Art Week

4 octobre 2025, ROME - ITALIE
MAXXI – MusĂ©e national des arts du XXIe siĂšcle
21e JournĂ©e de l’Art Contemporain

6 décembre 2024, ROME - ITALIE
Musée de Villa Altieri
Palais de la Culture et de la Mémoire Historique
Avant-premiĂšre italienne

3 octobre 2024, PARIS - FRANCE
Institut culturel italien de Paris
Avant-premiĂšre europĂ©enne – 20e JournĂ©e de l’Art Contemporain

copyright 2023 Sergio Mario Illuminato tous droits rĂ©servĂ©s. Sergio Mario Illuminato conformĂ©ment Ă  l’article 45 de la loi sur le droit d’auteur (loi du 22 avril 1941 n° 633 et modifications ultĂ©rieures)

ANCIENNE PRISON PONTIFICALE DE VELLETRI, ITALIE 1875
INSCRIPTIONS SUR LES MURS DE LA COUR DE PRISE D’AIR ET DES CELLULES
(phrases originales écrites par les détenus)

Dispiace anche a me! / I'M SORRY TOO!

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