SERGIO MARIO ILLUMINATO

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Habiter le seuil pour une philosophie de l’immersion cinĂ©matographique Ă  l’ùre de la robotique humaine et de l’intelligence artificielle

 

 

 

 

Accord

CINÉMA / FILM
2024–2026
Scénariste, réalisateur, monteur, producteur

Nice to See You Again! – film documentaire, 52’ (2026)
Sur la rĂ©cupĂ©ration d’un bassin flottant militaire.

Corpus et Vulnus – film expĂ©rimental, 40’ (2024)
Installation au Musée de Villa Altieri.

Solo roba per bambini – court mĂ©trage (2025)
Studio visit avec l’artiste Giovanni Albanese.

Vulnerare – court mĂ©trage expĂ©rimental, 15’ (2024)
TournĂ© dans l’ancienne prison pontificale de Velletri.
PremiĂšre mondiale au New York City International Film Festival et premiĂšre europĂ©enne Ă  l’Institut culturel italien de Paris.
6 prix, 15 sélections officielles et 4 projections spéciales internationales.

PRODUCTION INSTITUTIONNELLE
2004–2007
Scénariste et producteur

La mer a besoin de notre voix – spots institutionnels rĂ©alisĂ©s pour le trentiĂšme anniversaire du Programme des Nations Unies pour l’Environnement / Plan d’action pour la MĂ©diterranĂ©e (UNEP/MAP).
Entretiens vidéo avec les parties prenantes de la Convention de Barcelone lors de la COP14 (2005).
Spéciaux institutionnels sur la Stratégie méditerranéenne pour le développement durable.

MĂ©diterranea – documentaire (2006)
Voyage en Méditerranée sur les enjeux environnementaux et la durabilité.

Intorno al Futurismo – documentaire pour le Palazzo delle Esposizioni pour l’Association contre le cancer

TÉLÉVISION RAI
1990–1992
Auteur, présentateur, producteur

L’Italia s’ù desta – RAIDUE
présenté par Michele Mirabella

Argento e Oro – RAIDUE
présenté par Luciano Rispoli et Anna Carlucci

À bas le masque, sur scùne contre la mafia – RAIDUE, 1992
Manifestation officielle en hommage Ă  Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Le Festival des AzalĂ©es – AmoRoma – RAIUNO / RAIDUE, 1990–1991
Célébration officielle de la fondation de Rome.

Hommage à Toscanini – RAIUNO, 1990
Depuis le Teatro Argentina.

AUTRES COLLABORATIONS
1990
Assistant réalisateur

MĂ©moires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar
avec Giorgio Albertazzi
mise en scĂšne de Maurizio Scaparro pour RAIDUE.

ion Sample Description

Sergio Mario Illuminato est un artiste transdisciplinaire nĂ© Ă  Catane et actuellement basĂ© Ă  Rome, avec des expĂ©riences formatives et professionnelles significatives Ă  Londres et Ă  New York. Sa pratique traverse consciemment de multiples langages – des arts visuels au cinĂ©ma, de la philosophie au théùtre, de l’écriture Ă  la curatelle – non pas comme une simple addition de compĂ©tences, mais comme un geste critique et politique : une forme de rĂ©sistance Ă  l’homogĂ©nĂ©isation culturelle et disciplinaire, une maniĂšre d’habiter le seuil comme forme d’existence et de recherche.

Pour Illuminato, le langage n’est pas un code abstrait mais un corps vivant – parole, son, geste, image, relation – tissant une formation littĂ©raire, philosophique, artistique et audiovisuelle dans une recherche continue sur l’incarnation. Chaque moyen d’expression devient un seuil, un espace de passage oĂč le visible et l’invisible se rencontrent et se transforment, gĂ©nĂ©rant des possibilitĂ©s de relation et de prĂ©sence authentique.

Sa pratique se situe dans « l’entre-deux » : entre disciplines, entre formes de savoir, entre institutions et marges, entre la parole et la chair. Non seulement artiste et auteur, mais aussi curateur, journaliste, rĂ©alisateur et thĂ©oricien, Illuminato habite et promeut cette condition liminale comme principe fondamental de sa recherche, nourrie de traversĂ©es et de contaminations. Son engagement civique est indissociable de son esthĂ©tique. La vulnĂ©rabilitĂ©, thĂšme central de son travail, n’est pas conçue comme une faiblesse, mais comme une esthĂ©tique de la vĂ©ritĂ© et une Ă©thique de la rencontre. Du magazine et du mouvement VulnerarTe Ă  ses productions cinĂ©matographiques et tĂ©lĂ©visuelles consacrĂ©es Ă  la mĂ©moire, Ă  la justice et Ă  l’environnement, son Ɠuvre reflĂšte une politique de la responsabilitĂ© et de l’ouverture Ă  l’autre.

Le corps, dans sa fragilitĂ© concrĂšte et dans sa puissance politique et perceptive, est le noyau irradiant de sa recherche. Il ne s’agit pas seulement d’un thĂšme, mais d’une condition ontologique : le seuil non comme lieu, mais comme posture face au monde, comme expĂ©rience de relation capable d’ouvrir des espaces de sens dans le temps prĂ©sent.

Illuminato est titulaire d’un master en Lettres et Philosophie de l’UniversitĂ© « La Sapienza » de Rome, d’un master en Peinture et Sculpture, ainsi que d’un master en CinĂ©ma et Spectacle de l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Rome.

Il a complĂ©tĂ© sa formation avec un master certifiĂ© en Art contemporain au MoMA de New York et un master en Ă©criture cinĂ©matographique Ă  l’Anica Academy.

Inscrit Ă  l’Ordre des journalistes du Latium depuis 1993, il a dirigĂ© le Centre d’information et de communication du Programme des Nations Unies pour l’Environnement – Plan d’action pour la MĂ©diterranĂ©e (UNEP/MAP), en concevant des projets culturels et cinĂ©matographiques internationaux centrĂ©s sur la rencontre entre langage, perception et conscience Ă©cologique.

En tant que curateur, il a conçu et rĂ©alisĂ© des Ă©vĂ©nements transdisciplinaires dans des lieux prestigieux en Italie et Ă  l’étranger. À Rome, il a travaillĂ© Ă  la Villa Madama, au MAXXI – MusĂ©e national des arts du XXIe siĂšcle, au Palazzo delle Esposizioni, au musĂ©e de la Fondazione Memmo, au MusĂ©e historique de Villa Altieri et au Palazzo Gabrielli-Mignanelli, futur siĂšge de la structure PM23 de la Fondation Valentino Garavani et Giancarlo Giammetti. À Paris, il a menĂ© des projets Ă  l’Institut culturel italien ; Ă  Velletri Ă  l’ancienne prison pontificale ; ainsi que de nombreuses initiatives dans des ambassades et acadĂ©mies Ă©trangĂšres en Italie. Parmi ses principaux projets figurent iosonovulnerabile ; Intorno alla Seduzione, dĂ©diĂ© Ă  Susanna de Lempicka ; et le cycle Intorno al Futurismo, dont il a Ă©galement Ă©ditĂ© les catalogues.

En tant qu’auteur, il a publiĂ© des essais et ouvrages dont Le Seuil de basalte – des racines de l’image immersive au cinĂ©ma post-organique pour un film-manifeste entre vision, corps et intelligence artificielle, iosonovulnerabile (parties un et deux) et Corpus et Vulnus. TĂ pies, Kiefer et Parmiggiani. Il a collaborĂ© avec des revues d’art contemporain telles que Artribune, Dialectika, E-Zine et VulnerarTe.

En tant qu’artiste, il a exposĂ© dans des expositions personnelles et collectives en Italie, en France, au Royaume-Uni, en Russie, en Lettonie et aux Émirats arabes unis, avec le soutien du MinistĂšre italien des Affaires Ă©trangĂšres et du rĂ©seau diplomatique italien.

Dans le cinĂ©ma, il a travaillĂ© comme auteur, rĂ©alisateur et producteur du documentaire Nice to see you again!, du court-mĂ©trage Vulnerare (premiĂšre europĂ©enne Ă  l’Institut culturel italien de Paris, prix de la meilleure rĂ©alisation / film expĂ©rimental Ă  New York et Los Angeles), du film d’art Corpus et Vulnus, du documentaire MĂ©diterranea et du spot officiel Les 30 ans de la Convention de Barcelone, rĂ©alisĂ©s pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et le gouvernement italien. Il a Ă©galement rĂ©alisĂ© le documentaire Intorno al Futurismo pour la Fondazione Memmo et l’Association italienne pour la recherche contre le cancer.

Dans le domaine tĂ©lĂ©visuel, il a conçu, Ă©crit et produit de nombreuses Ă©missions pour la RAI, dont Le Festival des AzalĂ©es, Amoroma (en direct de la Piazza di Spagna), Hommage Ă  Toscanini depuis le Teatro Argentina et À bas le masque. Sur scĂšne contre la mafia, prĂ©sentĂ© au stade La Favorita de Palerme aprĂšs les attentats de 1992, en collaboration avec la CGIL, la CISL et l’UIL.

Ses racines théùtrales s’enracinent dans sa collaboration avec Maurizio Scaparro au Teatro Stabile de Rome, oĂč il a travaillĂ© comme assistant metteur en scĂšne sur des productions telles que MĂ©moires d’Hadrien avec Giorgio Albertazzi et Pulcinella avec Massimo Ranieri.

À travers son Ɠuvre, Sergio Mario Illuminato propose une vision radicale et sensible du prĂ©sent : habiter la vulnĂ©rabilitĂ© comme condition existentielle, rĂ©flĂ©chir sur le corps et la mĂ©moire, ouvrir des espaces de relation authentique et de rĂ©sistance poĂ©tique dans un monde de plus en plus dĂ©sincarnĂ© et fragmentĂ©.

TITRE ORGANISATION LIEU VILLE DURÉE
iosonovulnerabile Movimento VulnerarTe Villa Altieri – Palais de la Culture et de la MĂ©moire historique Rome, Italie 06-12-2024 / 23-02-2025
iosonovulnerabile Movimento VulnerarTe Institut culturel italien de Paris Paris, France 03-09-2024 / 29-11-2024
iosonovulnerabile Movimento VulnerarTe Ancienne prison pontificale de Velletri Velletri, Italie 30-09-2023 / 30-01-2024
Rome Art Week – VIIIe Ă©dition Association culturelle KOU Studio SMIR Rome, Italie 23-28/10/2023
XVIIIe Festival de sociologie MunicipalitĂ© de Narni / Association Minerva Auditorium M. Bortolotti – Complexe San Domenico Narni, Italie 06-08/10/2023
Biennale de l’Anthropocùne Vittorio Pavoncello Spazio Arte Scoglio di Quarto Milan, Italie 19/09–02/10/2023
XVIIIe Tracce – La poĂ©sie de l’eau MunicipalitĂ© de Narni / Association Minerva Auditorium M. Bortolotti – Complexe San Domenico Narni, Italie 25/04–14/05/2023
IIIe Hanami – Imagination durable AcadĂ©mie des beaux-arts de Rome Jardin botanique Rome, Italie 15-16/04/2023
AnthropocĂšne Association culturelle Azioni d’Arte MusĂ©e d’art contemporain Guarcino, Italie 22/10/2022
Rome Art Week – VIIe Ă©dition Association culturelle KOU Studio SMIR Rome, Italie 29-30/10/2022
Artes – MĂ©moires sĂ©dimentĂ©es (Ve Ă©dition) Artes APS Galerie Febo e Dafne Turin, Italie 08-15/10/2022
Imagination durable entre art et nature Région Lombardie / Municipalité de Monza Serres de la Villa Royale Monza, Italie 02-16/10/2022
Portraits on Stage – Art en mouvement Association Settimo Cielo VallĂ©e de l’Aniene / Place de Marano Equo Subiaco – Marano Equo, Italie 25/06/2022
Paysages – ExpĂ©rience pour toile et partition Association Settimo Cielo ChĂąteau Brancaccio Roviano, Italie 12/06–09/09/2022
White Carrara EU4ART / Académie des beaux-arts de Rome et Carrara Piazza Antonio Gramsci Carrara, Italie 06-17/06/2022
Biennale AnthropocĂšne Art G.A.P. Gallery Rome Rome, Italie 07-31/05/2022
Sedute Impossibili Floracult Casali del Pino – Fendi Rome, Italie 23-25/04/2022
IIe Hanami – Imagination durable AcadĂ©mie des beaux-arts de Rome Jardin botanique Rome, Italie 08-10/04/2022
Altra Dimensione Singulart Galerie SingulArt Paris, France 03/03/2022
Ex Tempore Before Xmas MunicipalitĂ© d’Isernia Ancien cloĂźtre San Francesco Isernia, Italie 18-23/12/2021
Saturarte – XXVI Ă©dition Satura Palazzo Stella GĂȘnes, Italie 11-22/12/2021
Beyond Time Association Circuiti Dinamici Espaces d’exposition Circuiti Dinamici Milan, Italie 21/11–09/12/2021
Rome Art Week – VIe Ă©dition Association culturelle KOU Studio SMIR Rome, Italie 29-30/10/2021
Decontest Contesteco Centre commercial Europe 2 Rome, Italie Mars–septembre 2021
MyRooms 2021 MyRoom MyRoom Palerme, Italie 06-19/03/2021
Radici – Concours d’art MunicipalitĂ© de San Giuliano Milanese Salle d’exposition Mario Tapia Radic San Giuliano Milanese, Italie 18/02–04/03/2021
Porticato Gaetano – XXXII Ă©dition Associazione Novecento Galerie d’art de Gaeta Gaeta, Italie 30/01–31/03/2021
Paysages humains Association Alauda Ancienne municipalitĂ© d’Adelfia Bari, Italie 13/12/2020–17/01/2021
New Normal Singulart Galerie SingulArt Paris, France 12/12/2020
Saturarte – XXVe Ă©dition Satura Palazzo Stella GĂȘnes, Italie 12-23/12/2020
What is Art Bloomer Gallery Bloomer Gallery Londres, Royaume-Uni 04-10/12/2020
The Looking Glass and Behind It Institut culturel italien de Saint-PĂ©tersbourg / MISP Museum MusĂ©e MISP d’art des XXe et XXIe siĂšcles Saint-PĂ©tersbourg, Russie 11/11/2020–14/02/2021
Motion in Art – Hommage au Futurisme Singulart Galerie SingulArt Paris, France 23/10/2020
Radici – Concours d’art MunicipalitĂ© de San Giuliano Milanese Salle d’exposition Mario Tapia Radic San Giuliano Milanese, Italie 07-15/11/2020
Rome Art Week – Ve Ă©dition Association culturelle KOU Studio SMIR Rome, Italie 26-31/10/2020
Emirates Art Connection Fahidi Cultural Centre Akaas Visual Artists Group Dubai, Émirats arabes unis 19-24/10/2020
Emirates Art Connection Ministùre de la Culture / Centre culturel Umm Al Quwain Centre culturel Umm Al Quwain Dubai, Émirats arabes unis 13-17/10/2020
Let’s Do It McLuc Culture Centre historique Parme, Italie 19/10–07/11/2020
Let’s Do It Association Distretto A Faenza Art District Faenza, Italie 10-24/10/2020
Artes – Flows and Beyond (IVe Ă©dition) Artes APS Palazzo Birago Turin, Italie 10-16/10/2020
Prix de peinture de Mestre – IIIe Ă©dition Association Circolo Veneto Centro Candiani Mestre, Italie 19/09–18/10/2020
Domani in Arte Galerie d’art moderne de Rome Galerie d’art moderne Rome, Italie 28/07–01/11/2020
100 peintres Ă  Palazzo Fani ACTAS Tuscania Palazzo Fani Tuscania, Italie 16-28/07/2020
L’arche de NoĂ© exfabbricadellebambole Ex Fabbrica delle Bambole Milan, Italie 16/05–19/09/2020
VIII Roma Ospita – Festival d’art contemporain La Scala d’Oro Église vaudoise Rome, Italie 15/02–30/05/2020
IOSONOVULNERABLE
Villa Altieri – Palais de la Culture et de la MĂ©moire Historique
Rome, 6 dĂ©cembre 2024 – 23 fĂ©vrier 2025
Institut Culturel Italien – Paris
Paris, 3 novembre 2024 – 29 novembre 2024
Ancienne Prison Pontificale
Velletri, 30 septembre 2023 – 30 janvier 2024
INTORNO ALLA SÉDUCTION
Palazzo Valentini
Rome, 1993
Commissariat de Sergio Mario Illuminato
INTORNO AU FUTURISME
Palazzo delle Esposizioni · Scuderie di Palazzo Ruspoli · Museo del Genio · Ambassades et Académies étrangÚres en Italie
Rome, 16 novembre 1991 – 31 janvier 1992
Commissariat de Sergio Mario Illuminato

À une Ă©poque de crise permanente, dans laquelle l'ordre international est en dĂ©clin et les lois de la planĂšte ont Ă©chappĂ© Ă  tout contrĂŽle en raison de l'exploitation excessive des ressources naturelles, l'identitĂ© de l'artiste d'aujourd'hui est bien dĂ©finie, bien qu'interprĂ©tĂ©e avec des approches et des modalitĂ©s alternatives : hybrider, transgresser les frontiĂšres entre langages et cultures, tout en maintenant une sensibilitĂ© attentive au contexte et Ă  ses limites.

Rester en équilibre entre différentes catégories créatives et éprouver une certaine inquiétude à l'égard des définitions représente le voyage de l'art contemporain, qui hérite le témoin des mouvements du début du XXe siÚcle, comme le Bauhaus.

Il faut insister sur la demande de changement de paradigmes à laquelle la nouvelle projectualité de l'art contemporain doit faire face, en échappant à toute forme de zone de confort. Cette recherche se concentre sur des perspectives insolites guidées par le concept de transdisciplinarité, visant à la compréhension de la complexité du monde présent.

Nous nous mouvons dans l'espace inhabituel des zones interstitielles entre peinture∞sculpture, influencĂ©s par le langage du cinĂ©ma, de la danse, de la musique et de la photographie, afin de re-signifier continuellement les espaces expositifs et d'expĂ©rimenter des pratiques crĂ©atives relationnelles qui rĂ©vĂšlent des connexions, des affinitĂ©s, des dĂ©veloppements possibles avec les Ă©lĂ©ments participants.

Telle est la nĂ©cessitĂ© exaltante au sein de la recherche expressive inachevĂ©e d'une dimension auctoriale qui, Ă  travers le «TISSU-TRAME-COSMIQUE» des «ORGANISMES-ARTISTIQUES-COMMUNICANTS», se fonde sur la «CO-EXISTENCE» dans la crĂ©ation d'anneaux performatifs irrĂ©guliers, conçus comme des lieux de rencontre et de communautĂ©, des espaces de gĂ©nĂ©ration et de connaissance active — et non de simple consommation.

Il s'agit d'une re-inversion de tendance dans l'art, loin des castes exclusives Ă©puisĂ©es et des systĂšmes autorĂ©fĂ©rentiels dĂ©sormais Ă  bout de souffle. De lĂ , nous entrelançons les thĂšmes primordiaux du «CORPS-AU-DELÀ-DE-LA-MATIÈRE», de la «VULNÉRABILITÉ», de l'«ÉTHIQUE NOMADE» et de l'«ESTHÉTIQUE-DE-LA-CONVERGENCE» fondĂ©e sur les mĂ©canismes crĂ©atifs des ruines, pour Ă©largir et dĂ©vier la demande contemporaine par rapport Ă  ce qui est propagĂ© Ă  travers le para-vers.

Par ce néologisme, dans ce contexte, on entend la dégradation incessante des mondes virtuels vers la superficialité des mondes-miroirs de notre quotidien.

Les Organismes Artistiques Communicants et le lien sensible avec le lieu qui les accueille : site-coexistence.

En Ă©largissant les termes de dispositifs site-specific et site-sensitive, nous avons forgĂ© pour le contemporain le terme de « site-coexistence », c’est-Ă -dire la tentative de crĂ©er non pas une confrontation mais un dialogue entre plusieurs existences ; une expĂ©rience plus incisive, bien que limitĂ©e au temps et Ă  l’espace de l’évĂ©nement performatif.

Il est temps de concevoir une action artistique qui défie le courant dominant, en exaltant ses propres ressources esthétiques et éthiques et en mettant en évidence un systÚme social qui banalise le corps et sa fragilité, les reléguant à une simple fiction consumériste, nostalgique et fonctionnelle à une culture de marché.

Le projet de recherche se concentre sur le corps et la vulnĂ©rabilitĂ©, en les replaçant activement dans la dynamique de la ruine afin d’élargir l’horizon d’attention du spectateur. L’espace d’exposition acquiert ainsi une singularitĂ© qui transcende sa dimension physique, se transformant en un espace mental hors des conventions communes.

Prenons par exemple les « cathĂ©drales contemporaines de la vulnĂ©rabilitĂ© » : ex-prisons, ex-asile psychiatriques, ex-abattoirs, ex-hĂŽpitaux, ex-navires
 des lieux abandonnĂ©s dans nos mĂ©tropoles oĂč nous pouvons dĂ©couvrir ce qui se cache derriĂšre le monde-en-fonction. Ce sont des espaces volontairement sĂ©lectionnĂ©s pour adopter une perspective diffĂ©rente sur l’art, oĂč l’attention est portĂ©e non seulement sur l’esthĂ©tique, mais aussi sur l’éthique et les implications politiques. Cet espace met en question le spectateur, suscitant un impact Ă©motionnel.

Cet espace reprĂ©sente un champ expĂ©rientiel potentiel, un lieu mĂ©ditatif dans sa nuditĂ© essentielle, oĂč le spectateur est invitĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  partir des vibrations des Ă©lĂ©ments prĂ©existants, de l’essence mĂȘme de cet espace unique et irrĂ©pĂ©table, crĂ©ant ainsi un nouveau et profond lien empathique avec le monde.

L’espace prend ainsi le sens de libertĂ©, d’opposition aux conventions, Ă  la superficialitĂ© et au divertissement qui dĂ©gradent et soumettent l’art. Ces lieux sont capables d’accueillir des Organismes Artistiques Communicants qui se situent Ă  la frontiĂšre de l’esthĂ©tique et du vĂ©cu, enveloppĂ©s dans le silence et la patine de la dĂ©gradation, devenant les gardiens de la valeur abstraite du vide entre les choses. Dans ce silence et ce vide, il est possible d’écouter le bruit de fond, de dĂ©couvrir, de voir et de sentir l’espace qui s’ouvre entre les nƓuds et les connexions de notre rĂ©seau mental habituel.

PlutĂŽt que de passer rapidement d’un fragment Ă  l’autre, d’un tableau Ă  l’autre dans les galeries et les musĂ©es oĂč l’art contemporain a Ă©tĂ© confinĂ©, ici et maintenant il est possible de permettre Ă  l’esprit de se dĂ©tendre et de s’immerger dans l’espace interstitiel qui s’ouvre entre culture et nature. C’est la relation qui s’établit, plus que la forme en soi, qui dĂ©finit l’esthĂ©tique et l’éthique que nous expĂ©rimentons, se transformant en un lieu porteur de sens, oĂč l’art a toujours rĂ©sidĂ©.

Le « corps » et la « vulnĂ©rabilitĂ© » sont des anneaux puissants de l’humanitĂ© qui, bannis du commerce mondialisĂ© du prĂ©sent, entrent de plein droit parmi les matĂ©riaux utilisĂ©s par l’art pour crĂ©er des « Organismes Artistiques Communicants » d’« Ă©thique nomade », Ă©mancipant dans la ruine le voyage de l’homme moderne.

Depuis toujours, dans chaque coin de la Terre, des milliards de corps se touchent et se mĂȘlent. Ils fusionnent et se confondent. Ces volumes tactiles s’immiscent dans une communication et un Ă©change perpĂ©tuels qui accompagnent l’évolution de l’humanitĂ©.

Le philosophe français Jean-Luc Nancy, grĂące Ă  sa prĂ©cieuse intuition du Corpus, nous permet de saisir avec une extrĂȘme prĂ©cision comment l’expĂ©rience du corps dans l’espace et le temps, ici et maintenant, est toujours une traversĂ©e des limites, Ă  une extrĂ©mitĂ© qui n’est jamais close, oĂč se manifeste l’identitĂ© mĂȘme du monde — l’identitĂ© absolue de cette ouverture originaire du soi vers l’autre que soi (singulier-pluriel) — dans une fluctuation constante entre le dedans et le dehors, au sein d’un espace qui ne peut ĂȘtre simplement dĂ©fini comme intime, recueilli ou concentrĂ©.

L’un est aussi irrĂ©sistiblement, invisiblement, toujours multiple, puisque tous les corps s’influencent mutuellement, gravitent les uns autour des autres et s’opposent les uns aux autres, hĂ©ritiers du monde de la gravitĂ©. Le corps n’existe que dans cette matĂ©rialitĂ©, dans ce sens, Ă  la limite, Ă  la marge extĂ©rieure.

Pour simplifier, pensons Ă  l’image de l’eau et des falaises, interdĂ©pendantes et se modelant rĂ©ciproquement : l’eau et les falaises, les vagues et les rochers s’adaptent les uns aux autres et se façonnent lentement, laissant une trace dans le monde des corps comme une matiĂšre qui se mĂ©lange Ă  elle-mĂȘme et Ă  l’autre, dans une proximitĂ© inquiĂ©tante.

Le fil du discours, dans son mouvement d’enroulement, de rotation et de repliement, joue continuellement avec les mĂ©tonymies du toucher, comme le philosophe Jacques Derrida l’a soulignĂ© Ă  son ami et disciple Jean-Luc Nancy. Le corps, qui n’est ni signifiant ni signifiĂ©, doit entrer en contact avec un autre pour faire l’expĂ©rience de sa propre existence.

La crĂ©ation d’espace, l’expansion des corps Ă  travers le contact (oĂč penser le toucher ne peut et ne doit signifier uniquement un contact physique) leur permet d’assumer de nouveaux poids, comme celui de l’é-motion, en se mouvant hors d’eux-mĂȘmes — une expĂ©rience commune Ă  tous les corps.

En rĂ©flĂ©chissant au concept de grandeur de l’homme selon Nietzsche, nous pouvons considĂ©rer le dispositif artistique comme un pont plutĂŽt qu’une finalitĂ© ultime. Cette perspective devient particuliĂšrement pertinente dans un monde qui perd de plus en plus sa substance, sa sacralitĂ© et sa vĂ©ritĂ©.

En rĂ©interprĂ©tant des concepts tels que la transition et le crĂ©puscule, et en se rĂ©fĂ©rant une fois encore Ă  Nietzsche, les pigments agissent au sein de mes dispositifs artistiques comme des traces de parcours, des indicateurs de mouvement et des suggesseurs de passage. Je ne recherche pas la perfection esthĂ©tique ; je suis plutĂŽt poussĂ© par l’impulsion de dĂ©truire toute forme et tout contenu visibles susceptibles de reprĂ©senter une culture marchande. La tension que j’applique Ă  mes moyens expressifs se manifeste Ă  travers une patine temporelle, induisant un rapide processus alchimique de dĂ©cadence et de ruine, tel que dĂ©crit par le sociologue Georg Simmel.

En tant qu’artiste, agissant comme matiĂšre premiĂšre dans l’invention de mon propre mĂ©lange de pratiques crĂ©atives, je suis appelĂ© Ă  dĂ©velopper la capacitĂ© de voir ce qu’il reste de l’expĂ©rience concrĂšte du prĂ©sent, au-delĂ  des modes de l’art, de la consommation et de la communication contemporaine, toutes destinĂ©es Ă  ĂȘtre continuellement consumĂ©es dans une poursuite Ă©phĂ©mĂšre inĂ©puisable. Il est nĂ©cessaire d’avoir le courage d’affirmer que le cƓur de l’art rĂ©side ailleurs.

Mon dispositif artistique, Ă  partir de la grammaire, n’a pas Ă©tĂ© créé simplement pour ĂȘtre observĂ©, ou du moins ce n’est pas sa fonction principale. En rappelant une rĂ©flexion du philosophe Bruno Latour sur les structures hybrides, une fois que la valeur stable de la forme a Ă©tĂ© consommĂ©e, il devient un passage transparent et, par consĂ©quent, ne fonctionne plus comme un modĂšle en soi, mais comme un dispositif communicant qui cherche Ă  rĂ©tablir une symĂ©trie complexe entre l’artiste et l’autre, entre la culture et la nature. Son existence est un tissu cosmique, une trame dĂ©pourvue de toute forme organique spĂ©cifique, faisant partie de l’écosystĂšme dynamique auquel nous appartenons Ă  travers notre humanitĂ©.

À travers le concept de ruine comme mĂ©canisme crĂ©atif, deux forces distinctives, opposĂ©es, hĂ©tĂ©rogĂšnes et insĂ©parables se manifestent dans mes dispositifs : la lourdeur de la matiĂšre et l’esprit de la nature, qui se rencontrent Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de la matiĂšre, crĂ©ant une unitĂ© esthĂ©tique-de-convergence. Cette unitĂ©, tout en maintenant l’hostilitĂ© originelle entre ses parties, est dĂ©sormais investie d’une nouvelle signification Ă©thique qui gĂ©nĂšre diffĂ©rentes rĂ©gions de sens.

Dans la simultanĂ©itĂ© de l’intuition et de la pensĂ©e, qui dĂ©place dynamiquement ses propres frontiĂšres Ă  l’intĂ©rieur du dispositif, le conflit entre la poussĂ©e vers le bas (de la matiĂšre) et la poussĂ©e vers le haut (de l’esprit), entre finalitĂ© et accident, entre nature esthĂ©tique et nature Ă©thique, entre passĂ© et prĂ©sent, entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, ne se rĂ©sout jamais complĂštement. Une coexistence irrĂ©solue demeure, une tension profonde entre leurs oppositions, se manifestant dans une unitĂ© dense et permĂ©able, qui s’oppose Ă  l’unitĂ© compacte et structurĂ©e qu’aucune forme ne peut jamais rĂ©aliser sans s’ouvrir Ă  tous les courants antagonistes.

Le rĂ©sultat actif qui dĂ©rive de ce dispositif artistique, dĂ©tachĂ© de l’univers statique des correspondances symboliques, est de devenir un vĂ©ritable mĂ©dium au sein d’un arriĂšre-plan relationnel. MalgrĂ© le manque d’harmonie, il rĂ©vĂšle ses liens profonds au spectateur, en l’impliquant dans une expĂ©rience authentique et impĂ©nĂ©trable avec son propre corps.

En reconnaissant l’interconnexion entre nature et culture, dans laquelle nous agissons en produisant des ruines, il devient possible de penser ce dispositif de convergence qui, au sein d’une exposition en perpĂ©tuelle Ă©volution, n’est plus la synthĂšse d’une construction formelle mais, suivant une vision teilhardienne, plutĂŽt un tissu, une trame du vĂ©cu inachevĂ©. Ce processus nourrit une acquisition progressive de la dissolution dans l’artifice des choses, comme processus de rĂ©appropriation et de ressignification du monde.

Tout cela reprĂ©sente le rĂ©sultat du passage de la recherche avant-gardiste centrĂ©e sur des catĂ©gories abstraites telles que l’espace-temps, et son Ă©laboration ultĂ©rieure dans un nouveau style de subjectivitĂ© en action, se reflĂ©tant dans les choses.

Malheureusement, nous devons continuer Ă  philosopher afin de crĂ©er de l’art contemporain, en gardant Ă  l’esprit ce qu’affirme Pierre LĂ©vy, philosophe français qui Ă©tudie l’impact d’Internet sur la sociĂ©tĂ©. Soit nous vivons pleinement les Ă©motions, en les percevant comme des Ă©vĂ©nements dans le flux de notre expĂ©rience, soit nous pensons qu’elles reprĂ©sentent la rĂ©alitĂ©, et nous avons alors pour tĂąche de les construire comme une scĂšne, de les rĂ©aliser.

Lorsque les Ă©motions se matĂ©rialisent, gĂ©nĂ©rant continuellement d’autres Ă©motions et pensĂ©es, lorsqu’elles se transforment en mots et nous poussent Ă  agir, elles nous enferment encore davantage dans la prison rĂ©elle que nous ne cessons de produire : l’illusion.

La forme des OAC est fluide, toujours en mutation, dĂ©fiant l’idĂ©e traditionnelle de l’art comme recherche de perfection et de permanence. Leur transformation, soumise Ă  des processus naturels, rappelle l’entropie, un concept cher Ă  l’Arte Povera et Ă  l’art conceptuel des annĂ©es 1960 et 1970. Des Ɠuvres comme celles de Joseph Beuys et de Piero Manzoni trouvent ici un Ă©cho, oĂč l’art n’est jamais complĂštement dĂ©fini, mais demeure soumis Ă  un devenir continu.

Le conflit et la tension caractĂ©risent les OAC, qui incarnent une dialectique entre des forces opposĂ©es : finalitĂ© et accident, esthĂ©tique et Ă©thique, passĂ© et prĂ©sent. En cela, ils rappellent les thĂ©ories de Theodor W. Adorno, pour qui l’art est une force nĂ©gative rĂ©vĂ©lant les contradictions de la rĂ©alitĂ©. Les OAC n’offrent pas de rĂ©ponses dĂ©finitives, mais ouvrent des espaces de rĂ©flexion critique, exposant l’ambiguĂŻtĂ© de l’expĂ©rience humaine.

Dans leur dynamisme, les OAC transcendent les structures symboliques conventionnelles pour devenir des mĂ©diums relationnels. Ils Ă©voquent l’art relationnel de Nicolas Bourriaud, dans lequel l’Ɠuvre est un lieu d’interaction plutĂŽt qu’un objet achevĂ©. Leur expĂ©rience se construit dans le dialogue avec le spect-acteur, dans un processus de co-crĂ©ation qui dissout les frontiĂšres entre l’art et la vie.

Faisons un pas de plus vers les raisons anthropologiques de cette recherche. Au-delĂ  du corps, ce qui distingue l’individu et le rend incroyablement humain, Ă©motionnel et conscient de lui-mĂȘme ainsi que du monde qui l’entoure, au-delĂ  de l’instinct de survie, c’est sa VULNÉRABILITÉ intrinsĂšque.

L’ĂȘtre humain est constitutivement vulnĂ©rable. Non seulement d’un point de vue biologique ou psychologique, mais aussi intellectuellement et moralement vulnĂ©rable, dans sa nature la plus intime. Et c’est prĂ©cisĂ©ment cette vulnĂ©rabilitĂ© qui, paradoxalement, rend l’individu humain extrĂȘmement fort et rĂ©silient, capable de gĂ©nĂ©rer qualitĂ©, bien-ĂȘtre et sĂ©curitĂ© dans son existence Ă  des niveaux toujours plus Ă©levĂ©s.

Un signe prometteur de l’essor de cette sensibilitĂ©, qui introduit le thĂšme de la vulnĂ©rabilitĂ© dans la perspective d’une conception plus avancĂ©e de la dignitĂ© humaine et du bien commun, peut ĂȘtre trouvĂ© dans la DĂ©claration de Barcelone de 1998, rĂ©digĂ©e avec la collaboration de vingt-deux experts issus de diffĂ©rentes disciplines du domaine de la bioĂ©thique, Ă  l’initiative de la Commission europĂ©enne et sous la coordination du Centre for Ethics and Law de Copenhague.

Dans ce texte, la vulnĂ©rabilitĂ© n’est pas seulement mentionnĂ©e pour la premiĂšre fois comme partie intĂ©grante des principes rĂ©gulateurs de la bioĂ©thique universelle (autonomie, intĂ©gritĂ©, dignitĂ©, vulnĂ©rabilitĂ©), mais elle est Ă©galement explicitement reliĂ©e Ă  la reconnaissance de la finitude constitutive de la condition humaine et Ă  l’appel urgent Ă  la responsabilitĂ© morale de la communautĂ© humaine.

Le signal provenant de cette intĂ©gration, qui exige une certaine audace propositionnelle, est certainement encourageant. Il est encourageant parce qu’en pensant au prĂ©sent, on tend de plus en plus Ă  associer le concept de vulnĂ©rabilitĂ© Ă  quelque chose d’extrĂȘmement faible et peu rĂ©sistant. Pourtant, la fragilitĂ© va bien au-delĂ  du simple contraire de la force et de l’indestructibilitĂ©. La fragilitĂ© est la capacitĂ© d’ĂȘtre vulnĂ©rable et sensible au-delĂ  de toute mesure : cela signifie comprendre la multiplicitĂ© des Ă©motions, des choix et des tensions auxquelles l’homme est confrontĂ© quotidiennement, et ressentir tout cela dans sa propre chair.

L’homme n’est pas fait d’acier ; il n’est ni indestructible ni impĂ©nĂ©trable, mais de verre : il vacille et peut se briser, s’ébrĂ©cher, se blesser et se dĂ©tĂ©riorer un peu. Souvent, nous ne sommes pas prĂȘts Ă  admettre la fragilitĂ© des choses et de nous-mĂȘmes, et nous prĂ©fĂ©rons la cacher, parce que la vie quotidienne nous pousse Ă  l’associer Ă  une conception nĂ©gative, comme des facteurs de dĂ©gradation personnelle et communautaire Ă  marginaliser et Ă  soigner.

Cette sociĂ©tĂ©, malgrĂ© tous ses progrĂšs indĂ©niables, Ă©choue face au dĂ©fi de la vulnĂ©rabilitĂ© : non seulement parce qu’elle ne parvient pas Ă  gĂ©nĂ©rer des ressources de sens pour une vie qui apparaĂźt imparfaite et faillible, mais aussi parce qu’elle se rĂ©vĂšle inadĂ©quate dans le soin et la protection des personnes les plus fragiles et vulnĂ©rables, comme si elles Ă©taient inĂ©vitablement dĂ©pourvues de dignitĂ© et raisonnablement sacrifiables.

Le rĂ©cent passage Ă  travers la pandĂ©mie bouleversante d’un virus essentiellement inconnu a dĂ©montrĂ©, au-delĂ  de toute prĂ©vision, combien de dĂ©sorientation, d’incertitude et d’impuissance nos sociĂ©tĂ©s civiles — mĂȘme les plus avancĂ©es technologiquement et Ă©conomiquement — ont manifestĂ© en seulement quelques semaines, faisant s’effondrer notre dĂ©lire d’omnipotence.

Cette conscience reprĂ©sente peut-ĂȘtre, Ă  l’heure actuelle, la meilleure part de la nouvelle sensibilitĂ© anthropologique qui mĂ»rit dans ce changement d’époque confus et contradictoire. La conscience collective du caractĂšre tout Ă  fait particulier de la vulnĂ©rabilitĂ© constitutive de l’ĂȘtre humain — son inclination Ă  ĂȘtre blessĂ© jusque dans l’ñme par l’oppression d’autrui et par sa propre impuissance — constitue un nouvel aspect de notre Ă©volution culturelle.

Tout laisse penser que la nĂ©cessaire redĂ©couverte de la vulnĂ©rabilitĂ© humaine, initiĂ©e par la rĂ©flexion anthropologique et imposĂ©e par le contexte historique, doit jouer un rĂŽle central, et non marginal ou accidentel, dans la reconstruction d’un projet humaniste et civil — Ă©conomique, social, politique et culturel — Ă  la hauteur de notre disposition intrinsĂšque Ă  ĂȘtre humiliĂ©s et mĂȘme submergĂ©s dans notre dignitĂ© d’ĂȘtres humains.

À une Ă©poque de crise permanente, oĂč l’ordre international est en dĂ©clin et oĂč les lois de la planĂšte ont Ă©chappĂ© Ă  tout contrĂŽle en raison de la surexploitation des ressources naturelles, l’identitĂ© de l’artiste d’aujourd’hui est clairement dĂ©finie, bien qu’interprĂ©tĂ©e selon des approches et des modalitĂ©s alternatives : HYBRIDATION, franchissement des frontiĂšres entre langages et cultures, tout en maintenant une sensibilitĂ© attentive au contexte et Ă  ses limites.

Rester en Ă©quilibre entre diffĂ©rentes catĂ©gories crĂ©atives et Ă©prouver une certaine inquiĂ©tude face aux dĂ©finitions reprĂ©sente le voyage de l’art contemporain, qui hĂ©rite du flambeau des mouvements du dĂ©but du XXe siĂšcle, tels que le Bauhaus. Il faut insister sur l’exigence de changement de paradigmes auxquels la nouvelle conception de l’art contemporain doit se confronter, en Ă©chappant Ă  toute forme de zone de confort.

Cette recherche se concentre sur des perspectives inhabituelles guidĂ©es par le concept de TRANSDISCIPLINARITÉ, visant Ă  comprendre la complexitĂ© du monde prĂ©sent. Nous Ă©voluons dans l’espace singulier des ZONES INTERSTITIELLES entre peinture∞sculpture, influencĂ©s par le langage du cinĂ©ma, de la danse, de la musique et de la photographie, afin de re-signifier continuellement les espaces d’exposition et d’expĂ©rimenter des pratiques crĂ©atives relationnelles qui rĂ©vĂšlent des connexions, des affinitĂ©s et des dĂ©veloppements possibles avec les Ă©lĂ©ments participants.

Il s’agit d’une nĂ©cessitĂ© stimulante dans la recherche expressive inachevĂ©e d’une dimension auctoriale qui, Ă  travers le « TISSU-COSMIQUE » des « ORGANISMES-ARTISTIQUES-COMMUNICANTS », repose sur la « CO-EXISTENCE », en crĂ©ant des boucles performatives irrĂ©guliĂšres conçues comme des lieux de rencontre et de communautĂ©, des espaces de gĂ©nĂ©ration et de connaissance active, et non seulement de rĂ©ception.

Il s’agit d’un renversement de tendance dans l’art, loin des castes exclusives Ă©puisĂ©es et des systĂšmes autorĂ©fĂ©rentiels dĂ©sormais Ă  bout de souffle. À partir de lĂ , nous tissons les thĂšmes primordiaux du « CORPS-AU-DELÀ-DE-LA-MATIÈRE », de la « VULNÉRABILITÉ », de « L’ÉTHIQUE NOMADE » et de « L’ESTHÉTIQUE DE LA CONVERGENCE » fondĂ©e sur les mĂ©canismes crĂ©atifs des Ruines, afin d’élargir et de dĂ©tourner la question contemporaine par rapport Ă  ce qui est propagĂ© Ă  travers le para-vers.

Par ce néologisme, dans ce contexte, on entend la dégradation incessante des mondes virtuels vers la superficialité des mondes-miroirs de notre quotidien.

En rĂ©flĂ©chissant au concept de grandeur de l’homme selon Nietzsche, nous pouvons considĂ©rer le dispositif artistique comme un pont plutĂŽt qu’une finalitĂ© ultime. Cette perspective devient particuliĂšrement pertinente dans un monde qui perd de plus en plus sa substance, sa sacralitĂ© et sa vĂ©ritĂ©.

En rĂ©interprĂ©tant des concepts tels que la transition et le crĂ©puscule, et en se rĂ©fĂ©rant une fois encore Ă  Nietzsche, les pigments agissent au sein de mes dispositifs artistiques comme des traces de parcours, des indicateurs de mouvement et des suggesseurs de passage. Je ne recherche pas la perfection esthĂ©tique, mais je suis poussĂ© par l’impulsion de dĂ©truire toute forme et tout contenu visibles susceptibles de reprĂ©senter une culture marchande. La tension que j’applique Ă  mes moyens expressifs se manifeste Ă  travers une patine temporelle, induisant un rapide processus alchimique de dĂ©cadence et de ruine, comme l’a dĂ©crit le sociologue Georg Simmel.

En tant qu’artiste, agissant comme matiĂšre premiĂšre dans l’invention de mon mĂ©lange de pratiques crĂ©atives, je suis appelĂ© Ă  dĂ©velopper la capacitĂ© de voir ce qu’il reste de l’expĂ©rience concrĂšte du prĂ©sent, au-delĂ  des modes de l’art, de la consommation et de la communication contemporaine, toutes destinĂ©es Ă  ĂȘtre constamment consommĂ©es dans une poursuite Ă©phĂ©mĂšre inĂ©puisable. Il est nĂ©cessaire d’avoir le courage d’affirmer que le cƓur de l’art se situe ailleurs.

Mon dispositif artistique, Ă  partir de la grammaire, n’a pas Ă©tĂ© créé simplement pour ĂȘtre observĂ©, ou du moins ce n’est pas sa fonction principale. En rappelant une rĂ©flexion du philosophe Bruno Latour sur les structures hybrides, une fois la valeur stable de la forme consommĂ©e, il devient un passage transparent et, par consĂ©quent, ne fonctionne plus comme un modĂšle en soi, mais comme un dispositif communicant cherchant Ă  rĂ©tablir une symĂ©trie complexe entre l’artiste et l’autre, entre culture et nature. Son existence est un tissu cosmique, une trame dĂ©pourvue de forme organique spĂ©cifique, faisant partie de l’écosystĂšme dynamique auquel nous appartenons par notre humanitĂ©.

À travers le concept de ruine comme mĂ©canisme crĂ©atif, deux forces distinctives, opposĂ©es, hĂ©tĂ©rogĂšnes et insĂ©parables se manifestent dans mes dispositifs : la lourdeur de la matiĂšre et l’esprit de la nature, qui se rencontrent Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de la matiĂšre, crĂ©ant une unitĂ© esthĂ©tique de convergence. Cette unitĂ©, tout en maintenant l’hostilitĂ© originelle entre ses parties, est dĂ©sormais investie d’une nouvelle signification Ă©thique qui gĂ©nĂšre diffĂ©rentes rĂ©gions de sens.

Dans la simultanĂ©itĂ© de l’intuition et de la pensĂ©e, qui dĂ©place dynamiquement ses propres frontiĂšres Ă  l’intĂ©rieur du dispositif, le conflit entre la poussĂ©e vers le bas (de la matiĂšre) et la poussĂ©e vers le haut (de l’esprit), entre finalitĂ© et accident, entre nature esthĂ©tique et nature Ă©thique, entre passĂ© et prĂ©sent, entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, ne se rĂ©sout jamais complĂštement. Une coexistence irrĂ©solue demeure, une tension profonde entre des oppositions qui se manifeste dans une unitĂ© dense et permĂ©able, opposĂ©e Ă  l’unitĂ© compacte et structurĂ©e qu’aucune forme ne peut rĂ©aliser sans s’ouvrir Ă  toutes les forces antagonistes.

Le rĂ©sultat actif qui dĂ©rive de ce dispositif artistique, dĂ©tachĂ© de l’univers statique des correspondances symboliques, est de devenir un vĂ©ritable mĂ©dium au sein d’un fond relationnel. MalgrĂ© le manque d’harmonie, il fait Ă©merger ses liens profonds pour le spectateur, en l’impliquant dans une expĂ©rience authentique et impenetrable avec son propre corps.

En reconnaissant l’interconnexion entre nature et culture, dans laquelle nous agissons en produisant des ruines, il est possible de penser ce dispositif de convergence qui, au sein d’une exposition en constante Ă©volution, n’est plus la synthĂšse d’une construction formelle mais, suivant une vision teilhardienne, plutĂŽt un tissu, une trame du vĂ©cu inachevĂ©. Ce processus nourrit une acquisition progressive de la dissolution dans l’artifice des choses, comme processus de rĂ©appropriation et de re-signification du monde.

Tout cela reprĂ©sente le rĂ©sultat du passage de la recherche avant-gardiste centrĂ©e sur des catĂ©gories abstraites comme l’espace-temps, et de son Ă©laboration ultĂ©rieure en un nouveau style de subjectivitĂ© en action, se reflĂ©tant dans les choses.

Malheureusement, nous devons continuer Ă  philosopher pour crĂ©er de l’art contemporain, en gardant Ă  l’esprit ce qu’affirme Pierre LĂ©vy, philosophe français qui Ă©tudie l’impact d’Internet sur la sociĂ©tĂ©. Soit nous vivons pleinement les Ă©motions, en les percevant comme des Ă©vĂ©nements du flux de notre expĂ©rience, soit nous pensons qu’elles reprĂ©sentent la rĂ©alitĂ©, et nous avons alors pour tĂąche de les construire comme une scĂšne, de les rĂ©aliser.

Lorsque les Ă©motions se matĂ©rialisent, gĂ©nĂ©rant continuellement d’autres Ă©motions et pensĂ©es, lorsqu’elles se transforment en mots et nous poussent Ă  agir, elles nous enferment encore davantage dans la prison rĂ©elle que nous ne cessons de produire : l’illusion.

AbandonnĂ©e de Velletri. Pour les hommes qui construisent des carriĂšres et considĂšrent leur empreinte dans le monde, cette histoire offre quelque chose qui mĂ©rite d'ĂȘtre examinĂ© : que se passe-t-il lorsque la force crĂ©ative rencontre la dĂ©cadence institutionnelle, et comment faire face Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© devient un acte de leadership.

Le Festival of Cinema NYC ne distribue pas les reconnaissances à la légÚre. Soutenu par le National Endowment for the Arts, le New York State Council on the Arts et le New York City Department of Cultural Affairs, il représente une sérieuse validation culturelle. Le fait que le film né en prison du réalisateur Sergio Mario Illuminato ait obtenu cette reconnaissance suggÚre que les institutions culturelles américaines reconnaissent quelque chose de profond dans son approche des structures de pouvoir abandonnées.

Quand l'Autorité Papale Devient Toile Artistique

L'ancienne Prison Pontificale de Velletri, Ă  40 kilomĂštres au sud-est de Rome, incarne le pouvoir institutionnel sous forme physique. Construite au XIXe siĂšcle sous l'autoritĂ© papale, lorsque l'Église Catholique gouvernait l'Italie centrale, cette imposante structure servait Ă  la fois de tribunal et de centre de dĂ©tention pour les États Pontificaux. Pendant plus d'un siĂšcle, elle a accueilli des prisonniers, Ă©tĂ© tĂ©moin de procĂšs et incarnĂ© le systĂšme judiciaire d'une Ă©poque rĂ©volue.

FermĂ©e dans les annĂ©es 1990 alors que l'Italie modernisait son systĂšme pĂ©nal, le bĂątiment est restĂ© vide pendant trois dĂ©cennies. En 2023, face Ă  la dĂ©molition, il semblait vouĂ© Ă  ĂȘtre effacĂ© de l'histoire. Ce qui suivit offre une Ă©tude de cas convaincante sur la façon dont les espaces conçus pour le contrĂŽle et la punition peuvent devenir des laboratoires d'expression crĂ©ative.

Des transformations similaires ont eu lieu sur tous les continents. L'Eastern State Penitentiary de Philadelphie accueille dĂ©sormais des installations site-specific abordant les thĂšmes de l'incarcĂ©ration et de la justice. L'Ăźle d'Alcatraz attire plus d'1,4 million de visiteurs par an pour voir des expositions d'art explorant l'histoire stratifiĂ©e de la prison. Ces espaces partagent quelque chose de crucial : ils dĂ©montrent comment les lieux construits pour contenir et contrĂŽler peuvent devenir des plateformes pour examiner le pouvoir lui-mĂȘme.

Les Artistes Entrent dans le Vide

Avant que la démolition puisse avoir lieu, des peintres, photographes, danseurs et musiciens ont revendiqué la prison de Velletri comme leur demeure temporaire. Pendant six mois, ils ont habité des cellules en décrépitude et des couloirs sombres, transformant chaque recoin en laboratoire créatif. Cet acte d'appropriation a du poids : en prenant le contrÎle d'un site construit pour confiner, ces artistes ont inversé la vocation originelle du bùtiment.

Le groupe comprenait les chorégraphes Patrizia Cavola et Ivan Truol de la Compagnia Atacama, les photographes Federico Marchi et Roberto Biagiotti, ainsi que les sound designers Andrea Moscianese et Davide Palmiotto. Leur travail collaboratif est devenu à la fois performance et documentation, créant ce qui allait devenir VULNERARE.

Cette approche des espaces institutionnels abandonnĂ©s reflĂšte un changement culturel plus large. À la Fremantle Prison en Australie, l'art extensif des dĂ©tenus couvrant 136 ans d'exploitation offre des aperçus sur les expĂ©riences des prisonniers et l'expression culturelle. Ces exemples suggĂšrent que le travail crĂ©atif dans d'anciens sites de dĂ©tention remplit un but plus profond que le simple spectacle : il redĂ©finit notre comprĂ©hension du pouvoir, de la mĂ©moire et de la rĂ©silience humaine.

L'Approche du Film : Cinéma de Seuil

La mĂ©thodologie d'Illuminato, qu'il appelle "THRESHOLD CINEMA", capture l'authenticitĂ© Ă  travers l'improvisation et la spontanĂ©itĂ©. Pas de script, seulement la vie qui se dĂ©roule. Cette approche produit ce qu'il dĂ©finit comme des "Organismes Artistiques Communicants" – des Ɠuvres vivantes qui changent et se transforment sous les yeux du spectateur.

Le langage visuel du film passe des images en noir et blanc du passé carcéral aux explosions de couleur représentant la renaissance. Les danseurs se produisent dans des cellules claustrophobiques, les transformant en scÚnes de liberté. La bande sonore guide les spectateurs du drame carcéral vers la possibilité créative.

L'historien des médias Bruno di Marino note comment "murs, sols, plafonds deviennent entailles, blessures, failles. Gestes chorégraphiques et matiÚre picturale se fondent en une unique partition visuelle grùce au montage chirurgical et aux jeux de lumiÚre."

Pourquoi Cela Parle aux Hommes d'Influence

La recherche contemporaine sur le leadership reconnaßt de plus en plus la vulnérabilité comme une force centrale plutÎt qu'une faiblesse. Les leaders qui embrassent la vulnérabilité construisent la confiance, favorisent des connexions authentiques et créent des environnements collaboratifs.

Le projet VULNERARE incarne ce principe sous forme physique. Illuminato dĂ©crit la prison comme "une cathĂ©drale contemporaine de la vulnĂ©rabilitĂ©" oĂč l'art exprime la renaissance. La vulnĂ©rabilitĂ© devient ainsi une structure interprĂ©tative du pouvoir.

Des Blessures à la Beauté

Le film se clÎt sur des mots gravés sur un mur : "Vulnérable donc vivant, l'art c'est aimer la réalité". Caché dans la piste audio, un message apparaßt en code Morse : IAMVULNERABLE. Reconnaßtre la vulnérabilité ne signifie pas faiblesse, mais présence.

Comme le dit une autre inscription murale : "Les coupures sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guérissent plus." Les marques deviennent art précisément parce qu'elles sont reconnues.

VULNERARE porte la voix de l'Italie en Amérique, montrant ce qui se passe lorsque les blessures deviennent possibilité générative. Entrer dans les espaces abandonnés, c'est redonner voix à ce qui avait été effacé.

Il existe trois niveaux de reprĂ©sentation qui s'entrelacent dans Vulnerare, trois niveaux qui en gĂ©nĂšrent ensuite — dans son dĂ©roulement — autant d'autres, convoquant dans l'esprit du spectateur suggestions et Ă©motions.

Le premier est celui du lieu : une prison dĂ©saffectĂ©e en l'occurrence, mĂȘme si le cadre renvoie Ă  un genre presque transversal de l'audiovisuel — la remise en scĂšne d'espaces dĂ©mantelĂ©s et dĂ©labrĂ©s qui Ă©voquent un passĂ© plus ou moins rĂ©cent et respirent des souvenirs plus ou moins douloureux (des pĂ©nitenciers bourboniens aux hĂŽpitaux psychiatriques d'avant Basaglia, mais cette longue liste comprend aussi les discothĂšques des annĂ©es 1980).

Le deuxiÚme niveau est performatif : la danse devient dans certains cas le moyen de se réapproprier ces lieux, leur restituant symboliquement la vie.

Le troisiĂšme niveau est constituĂ© par l'insertion de certaines Ɠuvres — rĂ©alisĂ©es par l'artiste-cinĂ©aste lui-mĂȘme — dans l'espace explorĂ© par la camĂ©ra : des tableaux abstraits qui, placĂ©s dans les cellules ayant accueilli les dĂ©tenus, transforment le lieu en une sorte de musĂ©e, le chargeant de significations supplĂ©mentaires, tout en Ă©tant eux-mĂȘmes investis de significations inĂ©dites grĂące Ă  l'espace dans lequel ils s'insĂšrent parfaitement, comme pour s'y camoufler.

L'intention de Vulnerare est de fusionner art visuel, danse et cinĂ©ma, avec l'ajout d'un commentaire sonore d'une grande efficacitĂ© oĂč la musique se fait bruit et le bruit se fait musique (signĂ© Andrea Moscianese). Mais aussi de construire un rĂ©cit possible, auquel contribuent les inscriptions de ceux qui ont vĂ©cu ici pendant des annĂ©es, enfermĂ©s entre ces murs, les objets, les dossiers judiciaires renvoyant Ă  une bureaucratie kafkaĂŻenne, les plantes qui ont surgi Ă  travers le bĂ©ton en reprenant ce qui leur avait Ă©tĂ© pris — et enfin toutes les traces et tĂ©moignages possibles d'une dimension temporelle qui continue de rĂ©verbĂ©rer dans le vide dĂ©solĂ©.

Avant le générique de fin, un carton nous informe que la prison dans laquelle nous sommes entrés est celle pontificale de Velletri, mais c'est une information qui n'ajoute pas grand-chose à notre vision. Ce qui demeure, ce sont les surfaces que le regard d'Illuminato nous permet de percevoir presque tactilement.

Murs, sols, plafonds, portes, fenĂȘtres qui deviennent entailles, blessures, failles, cĂ©sures, tandis que les gestes chorĂ©graphiques — qui s'inscrivent dans cette gĂ©omĂ©trie de pleins et de vides architecturaux — et la matiĂšre picturale sur les toiles, accrochĂ©es ou appuyĂ©es aux murs au milieu des dĂ©combres, deviennent les moments d'une unique partition visuelle grĂące aux travellings Ă  la camĂ©ra portĂ©e, aux fondus, aux jeux de clair-obscur, aux intermittences lumineuses, aux zooms rapides, aux dĂ©tails, aux coupes soudaines scandĂ©es par un montage chirurgical.

Vulnerare peut, enfin, ĂȘtre lu comme une installation unique. Et en ce sens, la prĂ©sence d'Illuminato lui-mĂȘme dans l'une des cours semble boucler la boucle. La silhouette de l'artiste, vue d'en haut, fixe une phrase — ou peut-ĂȘtre deux liĂ©es entre elles — que quelqu'un a Ă©crite sur le mur : « VulnĂ©rable donc vivant. L'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

La vulnĂ©rabilitĂ© reprĂ©sente une faiblesse en ce que l'homme peut ĂȘtre victime d'autres hommes, mais elle est aussi sa force, en tant que conscience d'ĂȘtre vivant mĂȘme dans la douleur. L'artiste aussi est vulnĂ©rable au moment oĂč il affronte le rĂ©el, en s'y immergeant.

La conscience que faire de l'art signifie inévitablement aimer la réalité n'est pas un postulat toujours valable. Elle ne l'est certainement pas pour ces artistes qui, à travers la création, cherchent à fuir la dimension dans laquelle ils vivent.

Mais dans ce cas, la tĂąche de celui qui fait de l'art est de raconter la condition humaine au sein de l'univers concentrationnaire, et ce qui reste de la dignitĂ© des personnes mĂȘme privĂ©es de leur libertĂ©.

La projection du court métrage VULNERARE représente un moment symbolique dans la vie du projet, lequel se développe sur plusieurs sites : IOSONOVULNERABILE a eu son incipit en janvier dernier à travers une résidence d'artiste dans les espaces abandonnés de l'ancienne prison pontificale de Velletri, pour arriver à Paris et se poursuivre en décembre prochain dans les salles du XVIIe siÚcle du Musée Historique de la Villa Altieri à Rome.

IOSONOVULNERABILE est un projet complexe dans lequel la vulnĂ©rabilitĂ© humaine — avec les peurs, les dĂ©faites et les faiblesses qui accompagnent l'expĂ©rience terrestre des individus — est racontĂ©e et, si l'on veut, exorcisĂ©e et transformĂ©e en Ă©motion Ă  travers diverses formes artistiques telles que la photographie, le cinĂ©ma, l'art chorĂ©graphique, le théùtre, la musique, la scĂ©nographie et l'Ă©dition.

L'importance du projet est soulignĂ©e par le Directeur de l'Institut Culturel Italien de Paris, Antonio Calbi, Ă  travers ces mots : « La culture est une occasion de formation et de croissance, et parfois aussi de lutte contre les injustices. Le premier pas pour y parvenir est d'accepter nos propres fragilitĂ©s — dans un monde qui continue d'exiger la perfection, nous choisissons d'exalter la vulnĂ©rabilitĂ©, la beautĂ© du geste simple et pur. »

VULNERARE : un court métrage matériel

Le premier opus de Sergio Mario Illuminato, d'une durĂ©e de peu plus de 13 minutes, se prĂ©sente dense de significations, lesquelles naissent pour la plupart de l'observation de la matiĂšre. TournĂ© Ă  l'intĂ©rieur de l'ancienne prison pontificale de Velletri — construite en 1860 et dĂ©saffectĂ©e depuis 1991, aujourd'hui sur le point de changer de destination — le film se prĂ©sente comme une sĂ©rie d'images, aussi bien en couleur qu'en un suggestif noir et blanc, dans lesquelles apparaĂźt le passĂ©, ou plutĂŽt les Ă©chos de multiples vies (souffrantes, s'agissant d'une prison) qui se sont exprimĂ©es et rĂ©primĂ©es dans ces lieux.

Grilles, barreaux, portes, treillis mĂ©talliques, dossiers empilĂ©s sur le sol, inscriptions sur les murs et couloirs sont les protagonistes du court mĂ©trage, mais pas seulement. Des moments performatifs intenses se retrouvent dans des actions chorĂ©graphiques qui Ă©voquent la corporĂ©itĂ© de l'humanitĂ© qui a sĂ©journĂ© dans ces lieux, ainsi que les ombres qui rappellent des sĂ©diments de vie, liĂ©s Ă  une mĂ©moire confuse qui transpire des murs Ă©caillĂ©s, oĂč la surface abĂźmĂ©e devient elle-mĂȘme signification.

La matiÚre comme expression de la réalité

Durant la projection de l'Ɠuvre audiovisuelle — enrichie d'une bande sonore « Ăąpre » rĂ©alisĂ©e par Andrea Moscianese — on a la sensation d'Ă©voquer des Ă©motions profondes non seulement par la vue, mais aussi par une perception presque tactile des images et des objets montrĂ©s.

Ouvrir ces dossiers poussiéreux et parcourir les noms de ceux qui ont vécu dans ces lieux dans la vulnérabilité du condamné incarne un désir ressenti par le spectateur. Chaque nom convoque un individu, une histoire, une vie marquée, souvent perdue dans le silence d'une histoire qui conserve davantage les vainqueurs que les vaincus.

Le court métrage ne cÚde ni aux dérives autoréférentielles ni aux langages visuels excluants, mais cherche un canal communicatif direct avec le présent, parlant de mémoire et de temps, et des lieux dans lesquels cette mémoire s'est déposée.

À propos de la sensation tactile Ă©voquĂ©e par le film, une inscription sur un mur retient l'attention : « Les coupures sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guĂ©rissent plus » — qui semble condenser l'impact de la rĂ©alitĂ© sur la vie des individus, laissant des marques indĂ©lĂ©biles.

L'art c'est aimer la réalité quelle qu'elle soit

Le titre du court mĂ©trage dĂ©rive du latin vulnus, blessure, offense, dommage. Dans le film d'Illuminato, ces blessures apparaissent irrĂ©parables : inscriptions sur les murs, noms dans les registres, traces qui survivent Ă  la durĂ©e de la peine et au sujet lui-mĂȘme.

Il ne s'agit pas seulement du passé, mais d'une mémoire encore active, qui se présente comme matiÚre vivante. Le film invite cependant à ne pas considérer le passé comme une distance, mais comme une expérience à actualiser dans le présent, en assumant la vulnérabilité comme condition essentielle du rapport au réel.

En ce sens, le geste artistique devient un acte d'exposition : montrer ses blessures, reconnaßtre sa fragilité, accepter l'impossibilité du contrÎle total.

Dans cette perspective s'inscrit également la référence finale aux mots de Pier Paolo Pasolini, qui évoquent un monde dans lequel il est possible d'échouer et de recommencer sans perdre sa dignité.

Il en rĂ©sulte un avertissement final qui traverse l'Ɠuvre entiĂšre : « vulnĂ©rable donc vivant, l'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

« iosonovulnerabile » est un projet au sens large « performatif », naturellement complexe car constituĂ© de nombreuses voies qui se rejoignent, par moments, entre elles. Ces nombreuses voies sont les Ɠuvres exposĂ©es, les rĂ©flexions de l'auteur qui les accompagnent, les rĂ©fĂ©rences au passĂ© et au prĂ©sent — TĂ pies, Kiefer, Parmiggiani — et non des moindres, le lieu d'exposition oĂč tout se produit et se rĂ©gĂ©nĂšre Ă  travers ceux qui parcourent l'espace de l'exposition.

Mais complexe aussi parce que conscient des limites fonctionnelles que possĂšdent les Ɠuvres en tant que langage symbolique par rapport Ă  la fluiditĂ© des processus qui nous concernent et nous impliquent. Les corps, a Ă©crit Jean-Luc Nancy dans Corpus, « sont toujours sur le point de partir, dans l'imminence d'un mouvement, d'une chute, d'un Ă©loignement... » — c'est-Ă -dire qu'ils ne sont pas des formes Ă  fixer comme des architectures stables, ni, au sens de la physique classique, des particules consistantes, mais des Ă©tats de mouvements potentiels et relatifs. En d'autres termes, les corps habitent et les lieux ressentent leurs habitants.

Le « dispositif » — terme qui revient souvent dans les rĂ©flexions de Sergio Mario Illuminato — est un mĂ©canisme fait, prĂ©cisĂ©ment, de plusieurs parties en relation les unes avec les autres, non pas tant dans un sens mĂ©caniste et donc formel, fruit de compositions et de mesures, mais des parties qui s'hybrident par continuitĂ©. Le dispositif, organisme complexe, est donc Ă  la base d'un sentir qui filtre entre les divers Ă©lĂ©ments : Ɠuvres et lieu. Tout est Ă©troitement connectĂ©, Ă  tel point que la pensĂ©e (peut-ĂȘtre faudrait-il dire l'esprit) qui circule entre les diffĂ©rents mĂ©dias (les tableaux, le texte, le lieu) est le vĂ©ritable dispositif sans forme dĂ©finitive — tout comme n'a pas de forme dĂ©finitive la vie dont le « corpus » et le « vulnus » sont la matiĂšre premiĂšre.

De cette relation naĂźt l'idĂ©e de parcours expositif, ainsi que du parcours de la pensĂ©e qui le prĂ©cĂšde et l'habite. Que « un bon peintre est intĂ©rieurement plein de figures » Ă©tait une rĂ©flexion d'Albrecht DĂŒrer, reprise par Salvatore Settis comme exergue pour l'un de ses textes dans le catalogue d'Anselm Kiefer pour l'exposition au Palazzo Ducale Ă  Venise en 2022. Kiefer a Ă©galement soutenu qu'il pense par images, aidĂ© par la poĂ©sie.

En tentant de dissiper quelque peu les nuages inhĂ©rents aux mĂ©taphores : faire converger des mĂ©dias diffĂ©rents est typique de la nature post-mĂ©diale du sentir contemporain, mĂȘme lorsqu'il s'agit de peinture-peinture, comme dans le cas du Corpus et Vulnus de « iosonovulnerabile ». Une peinture, cependant, qui a besoin de se nourrir au-delĂ  du cadre de la composition, en habitant un lieu fort, site-sensitive, comme l'ancienne Prison Pontificale de Velletri, pour mettre « au centre la condition extrĂȘmement fragile de la rĂ©alitĂ© humaine », Ă©crit l'auteur ; donnant forme Ă  une pensĂ©e-matrice de processus, comme celle de Nancy, pour engager enfin un dialogue rĂ©gĂ©nĂ©rateur qui s'amorce au moment de l'exposition.

C'est pourquoi l'on peut Ă©galement parler d'une sensibilitĂ© « performative » au-delĂ  de la grammaire trop Ă©troite des langages, car les Ɠuvres elles aussi peuvent fonctionner comme des performers dans un champ de relations qu'elles activent. Nous avons Ă©tĂ© habituĂ©s Ă  introjecter la peinture comme une rĂ©alitĂ© sacrĂ©e insondable et autosuffisante, Ă  regarder de loin, comme si c'Ă©tait une Ăźle oĂč l'on ne peut dĂ©barquer. Alors que « voir peindre — soutient William J.T. Mitchell dans son Pictorial Turn — c'est voir toucher, voir les gestes de l'artiste ; voilĂ  pourquoi — en dĂ©duisait Mitchell — il est si rigoureusement interdit de toucher les toiles ».

Travailler sur l'exposition, en revanche, comme si c'était un récit également biographique qui révÚle la position de l'auteur dans un champ problématique de relations, est une façon de dévoiler le travail en en faisant sentir le processus et donc la vitalité. Les médias visuels n'existent pas, a encore soutenu Mitchell, souhaitant argumenter qu'il n'existe pas de médias « purs », puisque nos sens ne peuvent agir de maniÚre autonome, nous étant à l'intérieur d'un corps-organisme.

Le Corpus et Vulnus de « iosonovulnerabile » forment un organisme sentient et communicant dont les signes ne sont certes pas des illustrations abstraites de concepts, mais des concepts-matrices eux-mĂȘmes, en tant que parties constitutives d'un organisme vivant et prolifĂ©rant.

Prof. Franco Speroni, écrivain, historien et critique d'art, enseignant d'histoire de l'art contemporain et d'histoire et méthodologie de la critique d'art à l'Accademia di Belle Arti de Rome.

Moi aussi, en errant, j'ai compris. En échouant, j'ai trouvé les mots. J'ai fait un pas en arriÚre et, dans cette condition de mince évidence, de mystÚre et de beauté, je peux vous raconter, maintenant, de la naissance et du cours changeant, je peux narrer une 'histoire d'amour' qui contient et conserve le secret du nom propre et apparaßt dans sa dimension sans équivoque de corps et de peau.

Les 'Organismes Artistiques Communicants' de Sergio Mario Illuminato surgissent à la vie dans une relation de réciprocité déclarée qui prend les apparences d'un processus d'antagonisme réitéré.

C'est un dialogue Ă©mouvant, une confrontation sans dĂ©fenses, une danse dĂ©sarmĂ©e : entre l'artiste et le prolongement de son bras, dĂ©rivation essentielle de sa consistance, continuum entre l'ĂȘtre de facture humaine et le monde — un tissu de visions, de souffles, de dĂ©sirs.

Au moment de l'origine, en émettant le premier vagissement, chaque pigment, chaque petite portion de matiÚre subit l'existence biologique, ajoutée et soustraite par la forteresse créatrice de celui qui l'a de tout temps pensée, voulue, aimée.

Mais en ce mĂȘme instant elle s'Ă©lĂšve de la terre, dĂ©couvre son autonomie innĂ©e, contraint son artisan Ă  la reddition. Ce n'est pas un combat inĂ©gal et l'artiste, prĂ©figurant les Ă©vĂ©nements Ă  venir, se retire, admet son errance, pĂ©trit l'Ă©chec avec les couleurs, avec les filaments, avec les substances, incapable d'Ă©chapper Ă  ce qu'il a toujours su.

Chaque Ă©lĂ©ment devient corps, peau, organe : en lui tout se dĂ©tĂ©riore, tout dĂ©cline, tout se dĂ©compose, tout se reconstruit et se rĂ©gĂ©nĂšre, tout se renouvelle au passage du soleil et de la poussiĂšre, du vent et des pluies, de l'air lui-mĂȘme dans sa composition d'azote, d'oxygĂšne, d'argon, de dioxyde de carbone et de ces autres Ă©lĂ©ments microscopiques qui prennent la conformation de mers, de territoires, des activitĂ©s multiples Ă  la surface.

Chaque Organisme reconnaĂźt sa qualitĂ© constitutive, un 'Tissu-Trame-Cosmique' qui respire l'essence fragile de ce qu'il rĂ©alise : il se dĂ©couvre dispositif culturel de l'ĂȘtre nature, mĂ©canisme de communication avec quiconque souhaite l'effleurer, l'observer, le toucher.

Il se mĂ©tamorphose en lieu de vĂ©ritĂ© et s'approche du monde souterrain du sublime, de l'esprit Ă©ternel qui sous-tend les Ăšres. DĂ©pouillĂ© de la simple valeur esthĂ©tique, il prend conscience de sa solitude intime en supprimant les distances, en parvenant aux silences et aux narrations, en faisant place Ă  tout ce qui n'est pas lui-mĂȘme, qui se distingue de lui.

Il devient rĂȘve du commun et trace des futurs possibles, re-crĂ©ant, re-parant, re-naissant, Ă©mergeant du prĂ©sent, de l'hic et nunc, dans une volontĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e qui illumine notre misĂšre.

Les 'Organismes Artistiques Communicants' nous obligent à regarder, tout en murmurant notre éphémÚre liberté : ils imposent de revenir à la mémoire, aux ruines de nos petites ùmes, contenant en eux les temps désespérés de nos vies et de nos fragiles communautés.

Ils dévoilent l'amour-l'aimer-l'aimé de chaque phase singuliÚre du devenir, et parlent des réalités friables, vulnérables que nous expérimentons dans un cycle continu de commencement et de fin.

Dans chacune de leurs présences manifestes, ils cÚdent la place à d'autres images, à d'autres figures, actions, voix ; ils s'enracinent dans l'espace, s'en imprÚgnent, se conforment aux paysages, en capturent les empreintes, les figent seulement un instant dans des moments de sécurité, pour en restituer ensuite les transformations imprévues, les représentations, les figurations.

Et nous, spect-acteurs, co-crĂ©ateurs avec l'Ɠuvre et avec l'artiste, devenons partie du mĂȘme jeu de forces, et dans l'Ă©change symbiotique de peau — interface interactive de tensions et de perceptions — nous revenons Ă  ce jour oubliĂ© oĂč, faisant nos premiers pas, chaque chute est redĂ©couverte de nouvelles connaissances et de conquĂȘtes inĂ©dites.

Nous rĂ©-apprenons Ă  voir, Ă  sentir, Ă  tendre, Ă  entrelacer, Ă  porter des mots — Ă©tranges et incommensurables, loin d'ĂȘtre perfectibles : ils perdurent et se perpĂ©tuent, sans crainte d'ĂȘtre des questions d'amour.

Le temps et l'espace sont le domaine dans lequel se déroule la vie ; à la fois possibilité et limite.

Nous avons toujours cherchĂ© — ou imaginĂ© — un moyen d'Ă©viter de rester confinĂ©s dans cet espace assignĂ©, dans ce temps limitĂ© ; mais nous dĂ©sirons aussi une cage dans laquelle nous abriter du mal du monde, une protection contre le risque de ne plus exister.

Souvent ces enclos, ces limites ont une forme carrĂ©e ; cela nous paraĂźt plus simple, plus efficace — dans le carrĂ© nous nous rassurons d'une certaine façon. C'est peut-ĂȘtre pour cela que les Ɠuvres d'art ont souvent pris cette forme, clĂŽturant et dĂ©finissant un espace Ă  l'intĂ©rieur duquel exprimer la condition de ceux qui, comme nous — dĂ©jĂ  esclaves du temps — cherchent par cette voie Ă  utiliser l'espace Ă  leur avantage.

C'est ce que met en Ɠuvre Sergio Mario Illuminato, qui dans cet espace conquis de VULNERARE opĂšre une transformation alchimique en utilisant le monde matĂ©riel — pierres, couleurs, plantes, objets et surtout le feu — pour parvenir avec l'« Opus ad Rubeum » Ă  l'objectif idĂ©al de l'alchimie, la fin ultime de ceux qui poursuivaient le dĂ©passement des limites de la vie : l'Ă©ternitĂ©, l'immortalitĂ©. Cette annulation du temps que le mythe associe au fait de dormir — et surtout de rĂȘver — sur les sĂ©pulcres de ses ancĂȘtres, ce qui permettrait par cette voie de communiquer avec eux. Et cela encore davantage durant le solstice d'Ă©tĂ©, lorsque le soleil ne dessine plus d'ombres sur le monde ; puisque le temps est prĂ©cisĂ©ment tĂ©moignĂ© et rendu visible par les ombres, il se produit ainsi une stase du temps, et l'annulation de la distance entre ceux qui ont Ă©tĂ© prĂ©sents dans le passĂ© et ceux qui le sont aujourd'hui.

C'est aussi Ă  la base de la fascination que les ruines exercent sur nous (beaucoup d'Ɠuvres de Sergio Mario Illuminato sont des ruines du prĂ©sent, des vestiges actuels dĂ©libĂ©rĂ©ment recherchĂ©s) : la perception de prĂ©sence, le fait de pouvoir toucher, entrer en contact avec quelque chose qui a vu un temps distant d'aujourd'hui mais existe encore, avec nous.

Le prĂ©sent du passĂ© qui arrive Ă  toucher le prĂ©sent du prĂ©sent, annulant ainsi le temps qui s'Ă©tait interposĂ© entre les deux, et donnant ainsi une concrĂ©tude Ă  un dĂ©sir fondamental de l'ĂȘtre humain.

Le temps et l'espace sont le domaine dans lequel se déroule la vie ; à la fois possibilité et limite.

Nous avons toujours cherchĂ© — ou imaginĂ© — un moyen d'Ă©viter de rester confinĂ©s dans cet espace assignĂ©, dans ce temps limitĂ© ; mais nous dĂ©sirons aussi une cage dans laquelle nous abriter du mal du monde, une protection contre le risque de ne plus exister.

Souvent ces enclos, ces limites ont une forme carrĂ©e ; cela nous paraĂźt plus simple, plus efficace — dans le carrĂ© nous nous rassurons d'une certaine façon. C'est peut-ĂȘtre pour cela que les Ɠuvres d'art ont souvent pris cette forme, clĂŽturant et dĂ©finissant un espace Ă  l'intĂ©rieur duquel exprimer la condition de ceux qui, comme nous — dĂ©jĂ  esclaves du temps — cherchent par cette voie Ă  utiliser l'espace Ă  leur avantage.

C'est ce que met en Ɠuvre Sergio Mario Illuminato, qui dans cet espace conquis de VULNERARE opĂšre une transformation alchimique en utilisant le monde matĂ©riel — pierres, couleurs, plantes, objets et surtout le feu — pour parvenir avec l'« Opus ad Rubeum » Ă  l'objectif idĂ©al de l'alchimie, la fin ultime de ceux qui poursuivaient le dĂ©passement des limites de la vie : l'Ă©ternitĂ©, l'immortalitĂ©. Cette annulation du temps que le mythe associe au fait de dormir — et surtout de rĂȘver — sur les sĂ©pulcres de ses ancĂȘtres, ce qui permettrait par cette voie de communiquer avec eux. Et cela encore davantage durant le solstice d'Ă©tĂ©, lorsque le soleil ne dessine plus d'ombres sur le monde ; puisque le temps est prĂ©cisĂ©ment tĂ©moignĂ© et rendu visible par les ombres, il se produit ainsi une stase du temps, et l'annulation de la distance entre ceux qui ont Ă©tĂ© prĂ©sents dans le passĂ© et ceux qui le sont aujourd'hui.

Et puis Ă  nouveau l'Ă©criture, cachĂ©e cette fois dans les anciens dossiers abandonnĂ©s, dĂ©sormais inutiles, de procĂšs passĂ©s, de condamnations conclues avec la fin du temps dans lequel elles furent prononcĂ©es ; mais ce ne sont pas des pages — ce sont des vies d'hommes qui, par ces sentences, furent reclus pendant des annĂ©es, parfois pour toujours, dans un cadre immobile de pierre construit autour d'eux et de leurs Ăąmes.

Nous voyons le dispositif 'Divieto di Fissione' de Sergio Mario Illuminato — fendu, abĂźmĂ©, blessĂ©, une ruine fascinante dans son ĂȘtre lĂ  pour tĂ©moigner de l'incertitude, de l'incroyable et inĂ©luctable imperfection de la vie. Mais aussitĂŽt l'image d'un ĂȘtre humain qui dessine avec ses membres les contours d'un espace vivable, cherchant Ă  donner un sens Ă  un lieu qui n'en a pas. C'est peut-ĂȘtre ce que nous faisons tous un peu, en nous dĂ©plaçant dans notre prison non apparente, vers quelque chose qui nous fasse nous sentir vraiment vivants.

Et dans un autre dispositif, 'Collisione', voici un terrain sillonnĂ©, incisĂ©, dont les fractures infinies suggĂšrent aussi l'idĂ©e de quelque chose de fertile, potentiellement crĂ©ateur de vie — un peu comme il advient avec les sillons dans un champ.

Ensuite, des milliers de feuilles qui sont des personnes — des feuilles comme des ruines restĂ©es pour tĂ©moigner de l'absence de ceux qui ont vĂ©cu reclus dans le prĂ©sent d'un temps passĂ©.

Apparaissent encore d'autres inscriptions, des noms griffĂ©s — les noms sont des personnes — sur les murs, et dans les Ɠuvres de Sergio Mario Illuminato.

L'une d'elles est enduit et couleurs Ă©tendus sur une cage qui est Ă  la fois barreaux, clĂŽture et support, soutien. Et puis encore du papier brĂ»lĂ©, dĂ©truit par le feu, transformĂ© par le feu — un PhĂ©nix qui cherche une rĂ©surrection de ses propres cendres, comme s'il Ă©tait nĂ©cessaire — pour vraiment vivre — de dĂ©truire d'abord par le feu la rĂ©alitĂ© apparente. Comme s'il fallait nĂ©cessairement traverser ce rouge, la chaleur destructrice des alchimistes, vers la transformation dĂ©finitive, le Vrai.

Encore un carrĂ©, 'Le Quattro Stagioni del Presente' — un de plus, qui cette fois se multiplie en quatre champs carrĂ©s tout en Ă©tant simultanĂ©ment une fenĂȘtre. Car un carrĂ© peut ĂȘtre Ă  la fois une limite et une ouverture. Et une croix ; devant laquelle (ou peut-ĂȘtre dans laquelle) dansent des corps qui deviennent des croix, ouvrant les bras. Des corps qui sautent, cherchant un espace, une vie possibles, ensemble ; ils sont deux, ils s'aident, s'embrassent, se regardent, s'aiment, et dans leur ĂȘtre ensemble la douleur fond et tombe. Une danse qui est une sortie possible, un salut Ă  atteindre ensemble, en surmontant les limites de l'Ă©goĂŻsme et de l'isolement, vers le dĂ©sir d'une union d'amour qui peut nous sauver, qui doit le faire.

Ils dansent devant un carré, dans une piÚce fermée, tentant de donner forme et sens au temps et à l'espace.

Et qui sait si ce couple dansant, cet « Un plus Un » ne parvient pas à donner vie à quelque chose de nouveau, d'inédit, à un « Trois » qui n'existait pas auparavant et dont nous ressentons tant le besoin dans notre parcours de prisonniers ; nous avons besoin de ce « Trois » qui ne peut naßtre qu'en le cherchant vraiment, mais à deux, et non seuls.

CrĂ©er le « Trois » peut enfin et vĂ©ritablement nous permettre de sortir de la cage du temps et de l'espace. Un « Trois » qui est notre vivre, parler, chanter, danser, jouer de la musique — mais ensemble ; qui est notre courir, nous aimer, nous sourire, nous regarder, nous embrasser mĂȘme avec une croix derriĂšre nous, et c'est notre possible salut. Un salut qui est vraiment tel non parce qu'il Ă©chappe au temps ou Ă  l'espace, mais parce qu'il les interprĂšte, les utilise ; et c'est ce qui se produit dans l'Ɠuvre de Sergio Mario Illuminato.

L'image finale du film est la cour carrĂ©e (le cadre) de la prison — espace et limite pour les nombreux qui — dans le prĂ©sent d'un passĂ© lointain — l'ont habitĂ©e durant cette unique heure oĂč ils pouvaient tenter de redonner Ă  leur existence l'espace du ciel. Cet espace infini au-dessus de soi qui est la seule — mais fondamentale — diffĂ©rence entre une cour et une piĂšce. Ce ciel capable de nous faire sentir (ou croire — mais cela fait-il vraiment une diffĂ©rence ?) que nous aurons d'autre espace, d'autre temps, que tout n'est pas destinĂ© Ă  disparaĂźtre.

Un ciel devant les yeux, Ă  transfĂ©rer dans le cƓur ; Ă  conserver pour quand la vie nous semblera une prison sans issue, un temps conclu.

Et c'est sous ce ciel conquis au regard que notre ĂȘtre vulnĂ©rables, nos blessures, deviennent un tĂ©moignage de vie possible, comme le proclame l'inscription qui apparaĂźt sur le mur Ă  la fin du film : « vulnĂ©rable donc vivant, l'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

Peut-ĂȘtre qu'aimer la rĂ©alitĂ© est vraiment un art ; et l'Art l'unique façon, notre seule possibilitĂ© de regarder vraiment la rĂ©alitĂ© — et nous-mĂȘmes — dans les yeux.

Sergio Mario Illuminato a été l'un de mes élÚves à l'Accademia di Belle Arti de Rome, juste avant que la pandémie n'éclate et pendant le confinement.

Avant de pratiquer l'art, il a voyagé sur une voie culturelle parallÚle qui lui a permis de rester constamment en phase avec le débat artistique contemporain, étudiant et assimilant une grande partie de ce qui se discutait sur la scÚne internationale.

En observateur attentif, il a affiné sa pensée critique, clarifiant par une introspection analytique les raisons de son ressenti, et faisant des choix trÚs précis dans le panorama varié et vaste de l'art contemporain.

Il a identifié d'emblée ses maßtres et références dans des artistes tels qu'Antoni Tàpies, Anselm Kiefer et Claudio Parmiggiani, et a nourri sa connaissance d'apports théoriques et philosophiques d'érudits et de maßtres-à-penser tels que Martin Heidegger, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Gianni Vattimo, Maurice Merleau-Ponty, et d'autres encore.

C'est autour de ces rĂ©fĂ©rences que son langage a pris forme et s'est dĂ©veloppĂ© — un langage qui tient compte de ce qui s'est dĂ©jĂ  produit dans l'histoire rĂ©cente de l'art, tout en traçant un parcours dotĂ© d'une physionomie qui lui est propre et reconnaissable.

C'est une poétique, la sienne, qui se nourrit des données et des signes du temps et de l'existence : un lien direct entre art et vie, dont il saisit par instants non seulement l'énergie et l'exubérante vitalité, mais aussi son agonie douloureuse, sa précarité et sa fragilité.

Ce n'est pas un hasard si Sergio Mario Illuminato tourne son attention vers des lieux qui accueillent le malaise et la souffrance — ce qu'il appelle lui-mĂȘme des cathĂ©drales contemporaines de la vulnĂ©rabilitĂ© : prisons, asiles psychiatriques, hĂŽpitaux, embarcations de migrants...

Et en effet son projet expositif Corpus-et-Vulnus s'inaugure précisément dans les salles de l'ancienne prison du Castello à Velletri.

Sergio Mario Illuminato a immĂ©diatement saisi la valeur sĂ©mantique et la fascination inquiĂ©tante et controversĂ©e de cet imposant Ă©difice — aujourd'hui abandonnĂ© et en dĂ©crĂ©pitude — oĂč se trouvent Ă©parpillĂ©s, chaotiques et empilĂ©s de nombreux dossiers d'archives du tribunal. Des vies effacĂ©es, dispersĂ©es et annulĂ©es, des traces d'existence humaine, d'une indicible dĂ©sespĂ©rance transcrites dans des dossiers en ruine.

C'est dans ce contexte que le sens de son travail se clarifie mieux, mettant en étroite harmonie esthétique et éthique.

Rien de dĂ©coratif ni d'esthĂ©tisant dans ces Ɠuvres, mais aussi aucune complaisance ni clin d'Ɠil idĂ©ologique. Aucune tentation narrativo-journalistique et aucune volontĂ© de reprĂ©sentation symbolique — plutĂŽt un vivre la peinture dans son langage Ă©lĂ©mentaire, primaire et originel : forme, lumiĂšre, couleur, matiĂšre, obĂ©issant aux raisons spĂ©cifiques et propres de la peinture en soi, dĂ©pourvue de formalismes inutiles et d'attitudes mentales de rhĂ©torique et d'engagement prĂ©textuel.

Il renoue avec ces rĂ©fĂ©rences dĂ©sormais historiques de l'informel, et Ă  l'intĂ©rieur de ce territoire — cette phĂ©nomĂ©nologie introspective et mĂ©ditative — il a entrepris son voyage pictural, riche en Ă©vĂ©nements imprĂ©visibles et Ă  l'Ă©coute des raisons profondes de l'ĂȘtre humain.

Et cette écoute est enregistrée et imprimée dans les trames et sédimentation de cette peinture qui, sans faux-semblants ni préméditation, surprend par ses aboutissements poétiques et son sens de l'aventure.

Prof. Giuseppe Modica, peintre et enseignant de peinture Ă  l'Accademia di Belle Arti de Rome

Nous sommes tous des Ă©tudiants. MĂȘme celui qui est dĂ©sormais professeur, s'il prend au sĂ©rieux sa propre condition et son rĂŽle, est un Ă©tudiant. On n'en finit jamais d'apprendre et on ne peut jamais se contenter du peu ou du beaucoup que l'on sait ou que l'on croit savoir.

C'est pourquoi je me suis permis d'intituler cette rĂ©flexion sur l'Ɠuvre de Sergio Mario Illuminato d'une maniĂšre seulement en apparence provocatrice.

Techniquement, Sergio Mario Illuminato a Ă©tĂ© l'un de mes Ă©tudiants, mais mes Ă©tudiants sont mes enseignants, car c'est d'eux que j'apprends Ă  comprendre comment mieux raconter le peu que je sais. Non pas enseigner — raconter. On ne peut guĂšre enseigner quoi que ce soit, et Socrate l'a expliquĂ© Ă  tous : pour savoir quelque chose, n'importe quoi, il faut regarder en soi et y chercher ce que nous semblons voir hors de nous. Si nous ne devions pas le trouver, nous ne serons jamais capables de l'apprendre.

Saint Augustin l'a Ă©crit en toutes lettres dans le De vera religione : Noli foras ire, in teipsum redi, in interiore homine habitat Veritas (XXXIX). Ainsi, nous apprenons les uns des autres Ă  nous regarder en nous-mĂȘmes.

Sergio Mario Illuminato — dont le nom de famille ne semble pas ĂȘtre le fruit du hasard (nomen omen, c'est-Ă -dire « un nom, un destin ») — a interprĂ©tĂ© cette maxime en en faisant une mĂ©thode de lecture de nous-mĂȘmes et de la rĂ©alitĂ©, ainsi qu'un mouvement artistique : car, en nous regardant en nous-mĂȘmes, nous ne pouvons que constater que nous sommes fragiles.

Il a commencĂ© avec sa thĂšse de fin d'Ă©tudes, intitulĂ©e Corpus et Vulnus, puis a continuĂ© avec des expositions et diverses initiatives, toujours dans le sillage de Duchamp — comme Vulnerar(t)e, un parcours jamais clos ni Ă  clore, car il correspond Ă  la vie elle-mĂȘme.

La derniĂšre initiative en date s'est tenue Ă  l'ancienne Prison Pontificale de Velletri — un espace de plus de mille mĂštres carrĂ©s construit en 1861 par la famille Romani, aujourd'hui abandonnĂ© — mise en Ɠuvre par un groupe d'Ă©tudiants, de techniciens en peinture et sculpture de l'Accademia di Belle Arti de Rome, ainsi que par des enseignants et des professionnels de la photographie, du cinĂ©ma, de la danse et de la musique.

En est né le projet transdisciplinaire 'iosonovulnerabile' qui, dÚs son titre, porte une double valeur : une référence à la fois au complexe architectural et à tous ceux qui le sortiront de l'oubli en y ajoutant leur propre fragilité à la sienne.

En effet, le fragment, la mĂ©moire, la synesthĂ©sie, le double territoire extĂ©rieur et intĂ©rieur, la mĂ©tamorphose et l'alchimie — tels sont les ingrĂ©dients de l'art de Sergio Mario Illuminato qui, tel un nouveau Voyageur au-dessus de la mer de brouillard, s'arrĂȘte au seuil de sa propre Ăąme pour transformer la rĂ©alitĂ© environnante en la matiĂšre incandescente de ses toiles.

La formation artistique contemporaine ne peut plus se limiter à la simple acquisition de compétences techniques ; elle doit également inclure la capacité d'interagir avec un monde mondialisé et en mutation constante.

Dans ce contexte, l'Accademia di Belle Arti a pour mission de préparer les étudiants à devenir aussi des citoyens du monde, capables d'utiliser l'art comme moyen d'expression, de communication et de transformation sociale.

La participation au projet 'iosonovulnerabile' s'inscrit dans cette recherche intensive et personnelle, visant à élargir l'horizon culturel et créatif des étudiants en sculpture, en stimulant une réflexion profonde sur le rÎle de l'art dans la société contemporaine.

Andrea Emo soutenait que l'art est la transformation d'une sensibilitĂ© en une activitĂ© — transformation mystĂ©rieuse, qui est l'essence mĂȘme de la pensĂ©e. L'art comme conscience de l'action.

La sculpture intitulée 'Jonchets, o Sciangai', réalisée par le groupe de jeunes artistes de l'Accademia di Belle Arti de Rome, représente un exemple emblématique de ce processus visant à transformer l'action en conscience.

Dans cette action-conscience rĂ©side tout son dĂ©veloppement ĂȘtre-ne pas ĂȘtre : 41 bĂątonnets qui, en rapport dialectique et synergique avec les autres dispositifs artistiques placĂ©s dans la « forme et l'espace » du jardin-laboratoire et en prĂ©sence du majestueux colonnade conçu par l'architecte italien Luigi Moretti en 1953, rendent reconnaissable et distinctif l'intuition de l'artiste — l'intuition du prĂ©sent : ne pas se rendre face Ă  la complexitĂ© du monde.

À travers la recherche artistique promue par Sergio Mario Illuminato, les Ă©tudiants sont immergĂ©s dans un processus dynamique et intĂ©grĂ© qui fonctionne comme instrument de dialogue et d'intĂ©gration avec une variĂ©tĂ© de langages crĂ©atifs, impliquant les institutions de soutien au projet et abordant des thĂ©matiques critiques et interculturelles.

L'importance de la recherche transdisciplinaire Ă  but non lucratif de 'iosonovulnerabile' rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă  dĂ©passer les frontiĂšres nationales et Ă  abattre les barriĂšres entre le spectateur et l'Ɠuvre d'art, permettant ainsi de construire, depuis l'Italie, une communautĂ© artistique internationale capable d'explorer les dĂ©fis du monde de l'art contemporain.

Le musĂ©e archĂ©ologique est nĂ© dans le contexte d'un projet plus large de rĂ©cupĂ©ration et de requalification fonctionnelle de la Villa Altieri du XVIIe siĂšcle, lancĂ© par la Province de Rome — aujourd'hui Ville mĂ©tropolitaine de Rome Capitale — Ă  partir de 2010, et visant la constitution du « Palais de la Culture et de la MĂ©moire Historique ».

Par ce projet de restauration ambitieux, l'intention Ă©tait d'instituer un pĂŽle culturel polyfonctionnel, destinĂ© Ă  accueillir la majoritĂ© des services culturels de l'institution : de la collection historique des Altieri, rassemblĂ©e dans le rez-de-chaussĂ©e musĂ©ifiĂ© Ă  cet effet — oĂč se trouvent Ă©galement les salles d'expositions temporaires — Ă  la BibliothĂšque institutionnelle et aux Archives Historiques, organismes vivants situĂ©s au deuxiĂšme Ă©tage de la structure.

La grande salle de conférences pour les événements culturels a quant à elle été aménagée dans la Galerie du piano nobile, dont l'accÚs en façade est mis en valeur par le magnifique escalier à double volée semi-circulaire réalisé par Giovanni Antonio De Rossi, architecte de la maison Altieri, écrin de la fontaine des Tritons et des Dauphins.

Depuis 2018, date d'ouverture au public de cette nouvelle rĂ©alitĂ© musĂ©ale, plusieurs milliers de visiteurs ont pu parcourir la partie musĂ©ifiĂ©e de la Villa, oĂč est exposĂ© ce qui reste de l'ancienne collection archĂ©ologique familiale, accompagnĂ© d'une prĂ©sentation du contexte archĂ©ologique de gisement.

Un Ă©lĂ©ment d'intĂ©rĂȘt particulier est la surĂ©lĂ©vation vitrĂ©e de la Loggia, qui permet de voir le pavage original en galets de basalte et les vestiges des structures sous-jacentes d'Ă©poque romaine.

Un ambitieux projet pédagogique prévoit en outre des services multimédias accessibles sur place et des cycles de visites guidées spécialisées sur réservation, conçues comme un itinéraire gratuit entre diachronies et synchronies, des événements de la protohistoire du site jusqu'à nos jours.

Récemment, la Villa a accueilli de nombreuses expositions temporaires, dans la direction d'une symbiose entre art classique et art contemporain.

Histoire de la Villa Altieri

L'ancienne villa suburbaine de la famille Altieri — dont subsistent aujourd'hui le noble Casino delle delizie et une portion du jardin — fut Ă©difiĂ©e dans les premiĂšres annĂ©es 1670, au moment du plus grand rayonnement de la dynastie romaine, lorsqu'Emilio Bonaventura Altieri devint pape sous le nom de ClĂ©ment X (1670–1676).

Édifice de reprĂ©sentation et de villĂ©giature pour la famille, la Villa connut une pĂ©riode de prestige entre les XVIIe et XVIIIe siĂšcles et fut une destination du Grand Tour. Les visiteurs pouvaient admirer les jardins avec fontaines, jeux d'eau et le grand labyrinthe circulaire de haies de buis.

AliĂ©nĂ©e en 1858, la Villa entra dans une nouvelle phase lorsqu'elle passa Ă  Mgr Federico Francesco Saverio de Merode, qui en modifia profondĂ©ment la fonction, la transformant en bagne fĂ©minin de Rome (1872–1897).

La structure, destinée à accueillir des détenues, traversa une période d'épreuves et d'expérimentations réhabilitatives, mais demeura marquée par une condition de profonde inadéquation par rapport à sa fonction originelle.

Elle fut ensuite transformée en pensionnat pour jeunes filles puis en établissement scolaire, conservant une fonction éducative jusqu'en 2010, lorsque le complexe fut rendu à l'utilité publique par une intervention de requalification.

Art contemporain et mémoire historique

À une Ă©poque oĂč la contamination entre art classique et contemporain n'est plus vĂ©cue comme une provocation, s'affirme la nĂ©cessitĂ© de dĂ©passer les barriĂšres entre langages et pĂ©riodes historiques.

Le musée archéologique devient ainsi un lieu de relation dynamique entre mémoire ancienne et production artistique contemporaine, favorisant de nouvelles formes de lecture et de production culturelle.

Dans ce contexte, des initiatives comme Io sono Vulnerabile prennent une valeur spécifique, fondée sur la connexion entre espace expositif et thématique de la vulnérabilité.

Le projet met en relation deux « prisons » : celle pontificale de Velletri et la Villa Altieri elle-mĂȘme, qui conserve des traces de sa fonction dĂ©tentive originelle, crĂ©ant un dialogue entre contenant et contenu.

La vulnérabilité émerge ainsi comme expérience historique, condition humaine et paradigme de la mutabilité du temps, inscrit dans les lieux et leurs stratifications.

 

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